sécurité de l'emploi, rapport et articulation de l'individuel au grégaire et au collectif, syndicats, etc...

Dans certains milieux, à l'extrême gauche principalement, on voudrait résoudre la question du chômage par l'interdiction du licenciement; examinons cette proposition:
- Si l'on empêche les entreprises de licencier elles ne peuvent plus ajuster les dépenses aux recettes: il faut donc leur garantir la vente de leurs produits.
- Comment? - En organisant la pénurie.
- Pour organiser la pénurie, il faut limiter l'offre, il faut empêcher toute offre sauvage ou informelle, hors de l'organisation établie. Pour ce faire, il faut fermer les frontières, empêcher la contrebande et aussi le marché noir. Pour obtenir ce résultat, il faut une organisation policière très stricte.
Pour pouvoir interdire les licenciements, il faut donc instaurer un état policier, une dictature policière, forcément de gauche, parce qu'une dictature de droite ne se souciera pas de garantir l'emploi des salariés.
Les populations soumises à ce régime(qui a déjà existé) n'ont qu'un désir: le quitter!
Il apparait donc que la liberté de nos sociétés démocratiques repose sur la possibilité du licenciement des salariés.

La question qui se pose à nous est donc: comment assurer la sécurité de l'emploi des salariés, tout en garantissant la possibilité de leur licenciement?

PROPOSITIONS
Le principe de base de notre système de production est que les entreprises sont concurrentes. Dans la lutte qu'elles se livrent, elles tâchent de prendre les décisions qui leur assureront le succès face à leurs concurrentes. Le principe d'efficacité des entreprises repose sur le fait que leurs décisions ne prennent en compte que leur intérêt propre: c'est la condition de leur succès, de leur performance et de leur survie.
Leurs décisions sont donc strictement individuelles.
Tout autre impératif, d'ordre général ou collectif va à l'encontre de ce principe et constitue une menace au regard de leurs objectifs. Ainsi le reproche de licenciement, de non-embauche que l'on fait aux entreprises est un reproche hors de propos, compte tenu du principe d'efficacité sur lequel elles fonctionnent. Le reproche constituant les entreprises en une identité collective alors que leur fonctionnement est strictement individuel est un déni de leur identité objective dynamique. L'individualité de l'entreprise s'exprime par le fait qu'elle ne prend en compte que ce qui lui est utile pour assurer sa performance, et laisse le reste.
La performance des entreprises tient à cette identité individuelle. Y renoncer la leur ferait perdre.

Par contre, l'intérêt des salariés et l'emploi particulièrement, est collectif: que tel ou tel salarié trouve un emploi, bien rémunéré et sécurisé ne constitue en aucune manière une résolution de la question générale de l'emploi et du chômage. L'intérêt des salariés est collectif et ne peut être pris en compte que collectivement, sauf à les dresser les uns contre les autres.
Les entités collectives en charge des salariés sont les syndicats.

Mais imaginons qu'un chômeur s'adresse à ces syndicats, leur demande:
"Je suis au chômage, défendez-moi!"
Les syndicats lui répondraient en substance:
- 1 Trouve toi un emploi(parce que ce n'est pas actuellement le rôle d'un syndicat).
- 2 Si tu veux que nous te défendions bien, choisis le dans une bonne entreprise: c'est à dire dans une entreprise ou une administration plus ou moins protégées de la concurrence ou en position dominante.
- 3 Mais si tu choisis une entreprise en plein secteur concurrentiel, sous-traitante, petite(où nous ne sommes pas présents), nous te défendrons mal.
Ainsi, ce n'est pas l'intérêt du salarié qui détermine la nature et l'identité du syndicat, mais l'entreprise dans laquelle il intervient.
Pourtant le salarié a encore plus besoin d'être défendu lorsqu'il n'a plus d'entreprise et qu'il est au chômage.., mais les syndicats ne sont présents que dans les entreprises, tandis qu'en dehors d'elles les mesures et droits acquis généraux ne résolvent pas le problème individuel du salarié au chômage.
Le salarié sera d'autant mieux défendu qu'il appartiendra à une structure de production dominante capable d'imposer sa loi à d'autres structures de production dépendantes d'elle et dont les salariés subiront des conditions de travail et de rémunération plus difficiles... Si ces structures de production dépendantes ont la possibilité d'imposer leurs conditions à d'autres encore plus dépendantes, les salariés de ces autres seront encore moins payés, dans des conditions de travail encore plus difficiles et des emplois encore plus précaires.
Alors les syndicats réclament des mesures générales d'amélioration des salaires, des conditions de travail et de sécurité de l'emploi.... Mais c'est oublier ou faire semblant d'oublier que les entreprises sont concurrentes, et que c'est cette concurrence qui les contraint à leur performance, performance qui permet ce niveau de rémunération.... C'est aussi oublier que pour un niveau global de productivité donné, une meilleure rétribution relative de certains ne s'obtient que par une moindre rétribution relative pour d'autres..., meilleures conditions de travail relatives pour certains s'obtiennent par de plus mauvaises pour d'autres..., garantie de l'emploi relative pour cetains par la précarité relative pour d'autres!
En prenant l'entreprise comme base de leur intervention, les syndicats entérinent et renforcent l'inégalité entre les entreprises et la répercutent sur les salariés.
L'intervention des syndicats sur cette base constitue le verrouillage le plus efficace de l'inégalité salariale et sociale.

La protection est collective ou elle n'est pas.
Mais pour qu'elle n'entraine pas de régression économique, elle doit s'exercer dans le cadre concurrentiel. De plus, l'Etat représente l'intérêt général, c'est à dire tous les intérêts, pas seulement celui des salariés. Il est donc obligé d'arbitrer entre l'intérêt des salariés et la productivité des entreprises. Il sait très bien que la performance des entreprises est la première condition de promotion des intérêts des salariés... globalement.
L'action de l'Etat est inadaptée au cadre concurrentiel.
Ce sont les syndicats qui sont les mieux à même de défendre les intérêts des salariés parce qu'ils les représentent, parce qu'ils sont sur le terrain..., et parce qu'ils sont plusieurs!
L'action des syndicats doit se situer essentiellement - entre - les entreprises, en amont et en aval. Tout salarié, même potentiel, doit être pris en charge par eux.
Voici donc mes propositions en trois points:

1° POINT: D'ABORD LA MOBILITE
Elle doit être initiée par les salariés et à leur profit exclusif, gérée donc par les syndicats, les employeurs n'ont rien à y faire pour bien signifier qu'il s'agit de solidarité entre salariés.
Pour cela je propose de transformer la prime d'ancienneté en TAXE d'ancienneté. Plus le salarié s'éternise dans un emploi, au delà bien sûr de la période d'adaptation, plus sa contribution augmente, ce qui lui fera entrevoir un amenuisement de l'intérêt de son emploi et l'incitera à envisager son départ: à ce moment là, il touchera un PECULE en fonction de son ancienneté dans son emploi.
La caisse du pécule est alimentée par la taxe d'ancienneté;
Quand il part, le salarié sait où il va, il a préparé son avenir professionnel avec le syndicat de son choix, avec une formation éventuelle, payée évidemment. Il n'est donc pas précarisé.
C'est le principe des nouveaux ronds-points sur la route: la priorité est donnée à celui quitte le rond-point; de cette manière, il libère la place pour que d'autres puissent y entrer. Ainsi, la circulation est infiniment plus fluide, et moins dangereuse.
Le changement se fait à sommes constantes. PRIORITE donc à celui quitte son emploi.

2° POINT: LA FORMATION PROFESSIONNELLE
Les syndicats ont en charge la formation professionnelle et la formation continue, en totalité: la formation de base, la formation continue, les nouvelles qualifications, etc..., depuis le collège où ils vont chercher les élèves en tant que futurs collègues pour leur faire découvrir le monde du travail et ainsi l'apprivoiser.
En ayant la maîtrise de l'ensemble, en étant sur le terrain, les syndicats pourront entrevoir les changements, les anticiper, les susciter le cas échéant; d'autant plus que la mobilité salariale régulière telle que définie au 1° point leur donnera la possibilité concrète d'agir.
Il s'agit d'articuler les projets individuels à la puissance collective des syndicats, pour les insérer dans l'appareil productif.

3° POINT: LA CREATION D'ENTREPRISES ET D'ACTIVITE
Les salariés doivent avoir une capacité d'intervention, d'initiative et d'orientation dans la création d'emploi.
Pour cela, je propose que tout citoyen verse une contribution proportionnelle à son revenu au syndicat de son choix pour que celui-ci l'investisse. Cette contribution qui reste la propriété de l'individu/citoyen devient donc un capital que le syndicat devra obligatoirement investir et non placer, dans la création d'entreprises ou d'activité pour le besoin qu'il aura recensé.
Tout revenu doit susciter l'investissement qui le produit.
Ce capital comme tout capital génèrera un profit qui en mesurera la rentabilité, c'est à dire l'efficacité de l'investissement. En fonction de cette rentabilité, le contributeur pourra à tout moment dans un délai à prévoir, changer d'attributaire. Ce qui obligera le syndicat à être performant. D'où la nécessité que les syndicats soient plusieurs, pour permettre le choix, pour pouvoir choisir les bonnes pratiques, éliminer les mauvaises; non pas sur des critères à priori théoriques ou autres, mais sur les critères économiques des résultats réellement obtenus, mais surtout pour pouvoir comparer et pouvoir inventer.
Il faut absolument que cette possibilité de choix existe, et que ce choix soit sanctionné par un résultat suscitant une réaction.., sinon l'abondement financier serait sans contrôle et perdu.
Ce qui permettra de suppléer l'investissement privé lorsqu'il sera insuffisant, et dans une orientation décidée par les salariés.
Ce qui permettra aussi aux salariés d'accéder à la propriété du capital, mais par la voie collective.
Ainsi les syndicats seront à même de créer de nouvelles entreprises et pourront travailler à les rendre plus favorables aux salariés dans leurs conditions de travail par exemple, et de diriger l'économie vers une production plus durable.
Les grandes orientations sont décidées par le pouvoir politique.
La propriété du capital se diffusera ainsi à toute la population qui deviendra ainsi partie prenante individuellement et collectivement de l'effort d'investissement qui crée l'emploi et construit l'avenir. L'effort financier ne les appauvrira pas puisqu'il sera un capital qui rapporte.
Les syndicats ne doivent pas se mêler de la gestion des entreprises parce qu'ils sont des entités collectives alors que le succès des entreprises réside dans l'individualité de la décision qui doit être celle du chef d'entreprise exclusivement. En outre les syndicats seraient soumis à des impératifs contradictoires: intérêt collectif et bonne gestion ponctuelle. Non, leur action collective doit s'exercer ailleurs que dans l'entreprise et d'une manière assez importante pour qu'elle soit prégnante, qu'elle impose son contexte aux entreprises privées.., libres individuellement de s'y adapter.
L'institutionnalisation de ces nouveaux rôles des syndicats, de leur capacité d'intervention économique et collective leur permettrait de suppléer aux carences des entreprises soumises à la concurrence commerciale, ainsi qu'à celles du pouvoir politique soumis à la concurrence électorale. Elle permettrait d'assurer la continuité de l'effort et de la maîtrise du développement économique tandis que les entreprises sont contraintes à une rentabilité immédiate et que les politiques sont soumis au rythme électoral et à sa démagogie.
Cette institutionnalisation constituerait les syndicats en un pôle de proposition et de pression qui s'appuierait sur leur pratique sociale et économique pour obtenir les moyens de participer activement à la construction de la société. Tandis qu'aujourd'hui, ils réclament des avantages et des droits dans une société déjà constituée, par d'autres. Leur seule capacité d'action est de dire non, par la grève par exemple. Je trouve aberrant que les syndicats soient engagés dans la gestion de la santé, et qu'ils ne le soient pas dans celle de l'emploi, mais seulement celle du chômage.

La sécurité de l'emploi que je propose change de nature. Cette sécurité n'est plus apportée par les entreprises où les salariés ne font que passer, mais par l' ensemble de l'organisation collective des salariés dont ils ont la maîtrise solidaire.

La solidarité est la clé de la sécurité.

Prenons la parabole évangélique de la brebis égarée:
Il nous est dit que le berger laisse ses 99 brebis pour aller chercher la centième perdue...
Il en abandonne 99 pour aller en chercher une?
Non, la question n'est pas là. En allant chercher la brebis égarée, le berger rassure les 99 autres qui savent ainsi que si elles se perdent, elles seront secourues.

C'est l'assurance d'être secouru individuellement qui crée le sentiment de sécurité collective.

Cela existe dans certains domaines: par exemple régulièrement, les secours sont mobilisés pour aller chercher des randonneurs ou des alpinistes pris dans une tempête, une avalanche..., ou d'autres en mer. Autre cas, quiconque a un accident est soigné... Par contre, dans le domaine de l'emploi cela n'existe pas. Au contraire chacun est livré à lui-même.., et la menace du chômage, de la précarisation pèse sur l'ensemble du corps social; elle insécurise toute la société.

La sécurité collective de l'emploi n'existe pas.
N'existent actuellement que des sécurités grégaires de structures de production ou de statut. Le maintien du niveau de vie nécessitant le niveau de productivité empêche la généralisation des emploi garantis car la haute performance productive s'obtient par la contrainte du risque de disparition de l'entreprise non compétitive, et donc par le licenciement de ses salariés. Ainsi des salariés à statut d'emploi garanti peuvent jouir de la sécurité de l'emploi avec une bonne rémunération parce que d'autres salariés sont soumis à la menace du licenciement en cas de non compétitivité. Aussi est-il hypocrite de réclamer la même garantie de l'emploi pour tous, parce que cette garantie de l'emploi dans cette rémunération ne peut être obtenue que pour certains salariés aux dépens d'autres salariés.

En matière d'emploi la solidarité collective n'existe pas.
C'est l'égoïsme grégaire qui prévaut: grégaire, il a les moyens de son égoïsme, tandis que l'égoïsme individuel n'a pas de portée.
Les syndicats recrutent leurs principaux bataillons dans les secteurs les moins exposés à la concurrence. On aboutit à ce paradoxe que les intérêts des salariés sont défendus par ceux qui participent le moins à cette concurrence qui assure le niveau leurs avantages.
Mobiles, les salariés pourront choisir leurs entreprises et éviter celles qui seront par trop irrespectueuses à leur égard; ce qui obligera ces entreprises à réviser leurs méthodes de management., ou à proposer des compensations qui pèseront sur leur résultats. Cette pression pourra enfin contrebalancer celle du néolibéralisme.
C'est pour cela que le 1° point est essentiel. La taxe d'ancienneté établit la solidarité dans la mobilité. Articulée au 2° point, elle permettra aux syndicats d'aller chercher tous les salariés, un par un, pour les accompagner dans leur cursus professionnel, dans un même système et une même démarche pour tous.., donc sans problèmes de discrimination dévalorisante, puisque chacun sera traité de la même manière sans classement préalable, c'est à dire sans déclassement pour ceux qui sont le plus en difficulté.
Ainsi nous aurons comme le dit Robert Castel: une société solidaire, d'individus semblables, sécurisée...
Le 3° point, constituant les syndicats en un pôle de construction collective active est un élément de maîtrise du monde: les syndicats qui seront les mandataires de tous les individus leur permettront de se projeter dans cette maîtrise. C'est un élément supplémentaire de sécurisation.
Il appartient au pouvoir politique de fixer les règles, les objectifs et les priorités.
La solitude actuelle du patronat dans la représentation de la production est dommageable, car il a naturellement tendance, à la place qui est la sienne, à tout subordonner à son outil de production. Il ne considère les individus de plus en plus, qu'en fonction de leur utilité pour l'entreprise, producteurs ou consommateurs. Dans le prisme de sa vision prééminante, dominante, il conçoit d'abord ses outils de production et exige ensuite que les salariés s'y conforment. Tant qu'il sera seul à assumer la responsabilité de la production, il ne pourra en être autrement. C'est pour cela qu'il est crucial que les syndicats soient partie prenante de la création d'entreprises, de la formation d'entrepreneurs et de l'élaboration de méthodes, de techniques de management afin d'être en mesure de s'opposer aux entreprises dont les méthodes de fonctionnement ne conviennent pas aux salariés.., et toujours dans le cadre de l'efficacité concurrentielle.
D'autre part, les entreprises en concurrence entre elles doivent aller de l'avant pour ne pas être distancées. Si elles le refusaient, par respect du principe de précaution par exemple, cette prudence ne servirait à rien parce qu'entre temps, elles auraient été absorbées par d'autres entreprises qui n'auraient pas eu ces scrupules: les entreprises privées n'ont pas les moyens de maîtriser l'impact de leur production sur le futur.
En charge des intérêts collectifs, non seulement des salariés mais aussi de tous les citoyens, les syndicats auraient ces moyens. Ils pourraient développer une réflexion, des politiques de production, amorcer la création de nouveaux marchés qui en maîtriseraient l'impact sur l'avenir.

La principale difficulté de la mise en oeuvre de cette réforme sera la conversion qu'elle nécessite de la part des syndicalistes et aussi de tous les salariés. Actuellement, ils se légitiment idéologiquement par "l'exploitation" dont ils se disent victimes. C'est un avatar pervers du concept chrétien de victime émissaire, innocente puisque victime. Confortablement installés dans le nid douillet de leur légitimité innocente et irresponsable, ils répugneront à le quitter pour prendre leur destin en main.., et perdre ainsi leur innocence en devenant responsables.
Mais il me semble que les avantages proposés: maîtrise de leur destin, pouvoir de participer à la construction de la société, sécurisation sociale, puissance d'intervention économique sans être engagés dans la gestion des entreprises.., sont susceptibles de les convaincre de franchir le pas.

Les salariés représentent au moins 85% de la population active, c'est à dire la part essentielle. En conséquence, je pense que tant que les salariés ne seront pas solidaires entre eux, l'inégalité sociale ne pourra pas être maîtrisée.., ou pour le dire d'une manière plus dynamique, c'est en devenant solidaires entre eux que les salariés pourront résoudre les problèmes de chômage, d'insécurité et d'inégalité sociale.
L'Etat reflète les différentes composantes de la société. Sa faiblesse actuelle, relative au monde contemporain, tient à l'absence de la représentation des salariés dans le domaine décisionnel de cette société.., ou pour le dire autrement, en prenant des responsabilité actives au sein de l'appareil productif, les salariés rééquilibreront et renforceront l'Etat.

Nous vivons dans la nostalgie de l'Etat-Providence et tentons de le maintenir ou de le retrouver. Mais cet Etat-Providence n'est pas venu exclusivement d'une volonté politique délibérée; c'est le contexte économique des 30 glorieuses qui l'a permis: la reconstruction, la mutation technologique, le tiers-monde qui restait sous-développé et qui donc ne nous concurrençait pas, etc... Si en 1945 le contexte économique avait été le même que celui d'aujourd'hui, nous n'aurions pas créé cet Etat providence. A partir de crise du pétrole de 1974, ce contexte économique qui a permis cet Etat-Providence, a disparu.., mais nous continuons à rechercher le type de sécurité sociale qu'il nous procurait. A mon avis, c'est parce que nous attendions de l'Europe qu'elle prenne le relais de l'Etat-Providence et qu'elle ne le faisait pas, que la constitution européenne a été refusée. Nous avons tous besoin de sécurité sociale, mais pour qu'elle soit réalisable, il faut qu'elle soit adaptée au monde dans lequel on l'établit.

Le but de mon projet est de mettre les salariés en position de constructeurs du monde autonomes, face aux entrepreneurs, aux politiques, aux autres institutions.., et non plus seulement à la remorque des employeurs pour qu'ils puissent exercer cette solidarité active qu'ils sont les seuls à pouvoir assumer. A la différence de toutes les institutions organisations sociales ou humanitaires qui interviennent dans un monde déjà "construit", je propose que cette solidarité collective active s'exerce en amont de cette construction.., pour l'obtenir.
- 1 L'action syndicale doit être strictement collective pour être en mesure de prendre en compte la totalité des intérêts individuels, d'autant plus que.,
- 2 L'efficacité productive des entreprises tient à l'individualité de leur décision.
- 3 Le cadre de l'action de solidarité collective active doit être global, c'est à dire, ne doit pas seulement concerner la France, ni l'Europe,ni seulement le monde développé, mais la totalité de la planète. Il doit intégrer la nécessité du développement des pays pauvres.
- 4 En prenant la responsabilité de la construction du monde futur, l'action collective active salariale pourra prendre en compte les contraintes écologiques, pour les intégrer dans leur condition salariale.

Le principal obstacle à surmonter est le grégarisme.
L'identité humaine recèle 3...instances:
- L'individu
- Le groupe.
- Le collectif.
A l'origine, dès les premières sociétés humaines, l'individu n'a pas d'existence propre, il est totalement dépendant de la communauté dans laquelle il vit; en dehors d'elle il n'existe pas.
Le progrès de l'humanité se réalise par le développement de l'individualité et l'émancipation des individus.
Le groupe a été la première structure de protection humaine pour échapper au "tout indifférencié", chaque groupe se définit par rapport aux autres groupes c'est à dire contre eux.
Le développement de l'individualité et l'émancipation des individus se fait à l'intérieur des groupes. Les individus luttent contre l'emprise grégaire, qu'elle soit familiale, tribale, ethnique, féodale, etc...
Le collectif est l'instance à laquelle les individus accèdent quand ils se libèrent de l'emprise grégaire.
Il faut bien comprendre que le groupe offre une protection - particulière, privilégiée - contre les autres groupes, et contre les autres individus. Dans le système grégaire les individus sont protégés par le groupe auquel ils appartiennent et donc,ou bien ils ne sont pas libres, ou bien ils ne sont pas protégés. La notion de liberté exprime cette émancipation de l'individu par rapport au(x) groupe(s). Mais cet individu, libre, a besoin de protection: il la trouve dans la solidarité collective.
Le collectif est donc cette instance où l'individu échappe à la légitimation grégaire.

Une autre caractéristique de l'évolution de notre société me heurte depuis longtemps: plus nous allons et plus les pauvres sont dépendants des structures de charité publique. Qu'on nomme "Droits" cette dépendance, ne change rien à l'affaire! De plus en plus, les pauvres perdent toute autonomie dans notre société. A la fin des années 80, j'ai été au Portugal, j'y ai vu une extrême pauvreté.., mais les pauvres restaient socialisés dans leur immense misère même, alors que la pauvreté chez nous nous désocialise. Je suppose qu'en se développant, la société portugaise évolue comme la nôtre. Je me suis souvent dit que les pays pauvres ne pourraient pas survivre de cette manière.
Surprise! Muhammad Yunus, l'inventeur du micro-crédit, prix Nobel de la paix 2006, dénonce le salariat comme horizon unique et indépassable, il l'assimile à un esclavage!!!.., Non pas le salariat en tant que tel, mais l'unicité de ce statut de producteur. C'est cette unicité qui rend les salariés de plus en plus dépendants, et lorsqu'ils perdent leur emploi, ils perdent aussi leur employabilité, et perdent en définitive l'initiative de leur propre vie. Monsieur Yunus dénonce le dénigrement du secteur informel, la répression dont il est l'objet. Il l'appelle le "secteur des gens" où chacun se débrouille, invente son activité, fait vivre sa famille... A rapprocher de Monsieur Hernando de Soto (l'Autre sentier ed. La Découverte): au Pérou en 1986, 60% de la population active travaillait dans l'informel, contre 20% dans le formel.
Le 3° point de ma proposition répond à cette exigence. Les syndicats doivent dépasser le statut salarial et prendre en compte l'ensemble de la société, pour pouvoir assumer les différents statuts des salariés ou ex-salariés, pour pouvoir continuer à être actifs et à maîtriser la situation.

Pour terminer, je veux juste évoquer une question fondamentale qui n'est jamais formulée: c'est la question de la relation du collectif à la vérité.
1- Est ce qu'une politique nécessite d'être "vraie" pour être efficace?
- Si elle est efficace, c'est qu'elle est vraie!
- Donc, la réponse est oui!
2- Peut-on décider de cette vérité à la majorité?
Non, la vérité ne se décide pas!
Pourtant, le système démocratique fonctionne sur le principe de la majorité électorale; comparé aux autres, il est le système politique qui obtient les meilleurs résultats sur le long terme, accompagne et porte l'évolution des sociétés dans la résolution de leurs problèmes.
Est-ce à dire que l'expression majoritaire des désirs des citoyens produit la vérité?
Impossible! On recherche la vérité, on la démontre, on la prouve, on la reconnaît ou on la refuse, mais on ne la décide pas. Jamais!
Non, une majorité électorale est un arbitraire que l'on obtient par différentes techniques...électoralistes. Un arbitraire est une non-vérité, un mensonge.Et une victoire électorale, quelle qu'elle soit, est toujours un arbitraire.
C'est là la question qui se pose: comment l'arbitraire majoritaire démocratique conduit-il à la vérité.., même relative et provisoire?
Manifestement, le système démocratique a résolu le problème, mais comment? Sûrement pas par la naïveté du peuple qui décide!
On peut voter autant que l'on voudra, on ne décidera jamais de la vérité!
Les militants du Parti Socialiste pourront voter autant qu'ils le voudront, ils ne décideront jamais de la vérité!
Dans la démarche individuelle, on connaît la méthode scientifique d'établissement de la vérité.
Mais collectivement?
Quel est le rapport du collectif, du peuple à la vérité?
Comment la vérité s'établit elle?
Une vérité collective est-elle concevable?
Quel rôle la démagogie omniprésente joue-t-elle?
Quel est le rapport entre l'expression démocratique de l'arbitraire majoritaire et l'émancipation de l'individu?

En définitive, quel est le principe d'efficacité du système démocratique?

La réponse à ces questions redéfinit toute la question démocratique.

Bien à vous, le 14 mai 2008.

Jean-Pierre Bernajuzan

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optique erronée

il faudrait enfin sortir d’une pensée unique : la sacro-sainte flexibilité comme panacée aux problèmes d’emplois

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