Pour une réforme profonde des retraites
Le système actuel des retraites est devenu aussi illisible qu'injuste. Illisible parce que le cotisant ne s'y retrouve pas. Injuste parce qu'il ne tient pas compte de la pénibilité du travail, en préférant imposer à tous une même durée de cotisation. Voila donc un bel exemple de redistribution passive et bureaucratique.
Pour commencer, soyons pragmatiques, nous devons réformer en profondeur notre système de retraites, qui est aujourd’hui sévèrement menacé. Tout d’abord, et c’est important, il faut conserver notre système par répartitions, car c’est le plus juste. Un système par capitalisation serait en effet injuste, car il favoriserait ceux qui auraient les moyens de financer leur retraite au détriment des petits revenus.
Ensuite, il nous faut repenser le comptage des annuités, afin qu’il soit plus juste et plus économiquement viable. Nous faisons face en effet à un double problème :
- Tout d’abord l’évolution démographique (vieillissement de la population Française) fait que le financement de nos retraites est menacé. Cette évolution est largement due à l’augmentation de l’espérance de vie, qui fait que les retraites doivent être versées plus longtemps, et coûtent donc plus cher.
- Enfin comment arriver à trouver un système juste, lorsque des inégalités concernant la pénibilité des emplois existent ? Les régimes spéciaux avaient été en un temps lune réponse à ce problème, à savoir un départ plus tôt à la retraite pour certains postes jugés pénibles. Mais évidemment ce système n’est pas juste, car il ne s’applique qu’à certaines entreprises du secteur public. Il faudrait que la pénibilité soit prise en compte pour tous les emplois.
Exagérons un peu les chiffres pour illustrer mon point de vue :
Imaginons qu’un jour notre espérance de vie atteigne les 120 ans. Si nous conservons une retraite à 60 ans, cela voudrait dire que nous passerions la moitié de notre vie à la retraite. Ce n’est évidemment pas concevable, et encore moins finançable. C’est pourquoi si l’espérance de vie augmente il faut travailler d’avantage. J’estime que ceci est une évidence, qui dépasse largement le clivage droite-gauche.
Mais ce qui fait le clivage, c’est que la droite se contentera d’augmenter la durée de cotisation pour tous de manière uniforme, en « cassant » les régimes particuliers (les régimes spéciaux pour ne pas les citer). Ce que la gauche doit faire, c’est de rendre le système plus juste, d’où le second point que j’ai cité concernant la pénibilité. Reprenons notre exemple : dans le cas d’une espérance de vie de 120 ans, imaginons un travailleur dont l’espérance de vie est ramenée à 70 ans, car il a effectué au cours de sa vie un travail extrêmement pénible. Si la durée de cotisation était la même pour tous, il serait mort bien avant d’avoir eu le droit à la retraite ! Ainsi, il faut prendre en compte la pénibilité du travail.
Alors comment faire pour à la fois permettre un financement ces retraites en fonction de l’évolution démographique, tout en permettant à ceux qui ont eu au cours de leur vie des emplois pénibles de partir plus tôt ? Pour moi, la solution ne peut être que calculer la durée de cotisation d’un citoyen en fonction de l’espérance de vie, et l'ajuster en fonction de la pénibilité du travail qu’il aura effectué durant sa ve.
Ainsi on s’y retrouve :
- La durée de cotisation s’élèvera avec l’espérance de vie, permettant au système d’anticiper toute évolution démographique et de rester économiquement viable.
- Cette durée de cotisation sera fonction de la pénibilité du travail, et réduira les inégalités dues à la pénibilité du travail.
Comment mettre ce système en place ? On pourrait imaginer un système selon lequel les années de cotisation seraient pondérées par un coefficient de pénibilité.
Il faudrait tout d’abord estimer la pénibilité de chaque tâche. L’idée serait de regrouper les différents métiers en catégories, et de donner à chacune un coefficient propre.
Par exemple : 1,1 pour un travail d’ouvrier, 0,95 pour un travail de cadre, 1 correspondant à la moyenne.
Les coefficients pourraient évoluer dans le temps (le travail d'un ouvrier est par exemple moins pénible aujourd'hui qu'il y a trente ans).
Ensuite il faudrait estimer la durée de cotisation moyenne, compte tenu de l’espérance de vie moyenne des Français, afin de leur garantir une retraite qui serait finançable (par exemple 15 ans). Cette durée serait recalculée, par exemple tous les 5 ans, afin de suivre l'évolution démographique. Fixons par exemple cette durée à 42 ans aujourd’hui.
La durée de cotisation serait alors la somme des années effectuées pondérées par les coefficients des emplois effectués.
Exemples :
- Quelqu’un ayant travaillé en tant qu’ouvrier toute sa vie aurait besoin de cotiser pendant 38,2 ans (38,2x1,1=42).
- Quelqu’un ayant début comme ouvrier pendant 30 ans, pour terminer sa carrière en tant que cadre aurait besoin de cotiser au total pendant 39,5 ans (30*1,1+9,5*0,95=42).
- Enfin quelqu’un ayant travaillé en tant que cadre toute sa vie aurait besoin de cotiser pendant 44,2 ans (44,2x0.95=42).
Evidemment ceci n’est qu’un exemple simplifié, et il faudrait que le calcul des coefficients et de la durée de cotisation moyenne soient calculés, et périodiquement mis à jour, à partir de bases statistiques fiables d’espérance de vie. Ce n’est certes pas facile à mettre en place, ni totalement juste (la pénibilité serait moyenne, et pas réellement adaptée spécifiquement à chaque métier propre), mais je pense que nous pouvons arriver à quelque chose d’assez juste dans son ensemble.
D’autres mesures pourraient encadrer ce système, afin de le rendre plus flexible et plus juste :
- Les années d’études devraient pouvoir être rachetées, afin de ne pas trop pénaliser ceux qui ont fait beaucoup d’études, car ces dernières n’augmentent pas l’espérance de vie. Par exemple un cadre docteur (je fais justement partie de cette catégorie) est clairement désavantagé par ce système. Il faudrait même rajouter dans le calcul de la durée de cotisation les durées des stages, mémoires et thèses, car ils constituent un certain travail profitable à la société.
- Il faudrait permettre un départ anticipé à la retraite, après avis médical, pour ceux dont la santé ne permet plus de travailler.
- A l’opposé, il faudrait enfin permettre à ceux, dont la santé le permet, de retarder leur départ à la retraite si ils le souhaitent. Je ne vois pas pourquoi on interdirait le droit à un retraité de rester actif. Il y aurait une contrepartie, à savoir que cela n’augmenterait pas leur propres retraites, mais ils continueraient tout de même à cotiser. L’argent pourrait alors par exemple aider à augmenter les petites retraites ou à créer des emplois pour les jeunes. Ainsi les personnes décidant de travailler plus le feraient finalement en partie par solidarité. Par ailleurs d'autres solutions peuvent être envisagées pour définir un réel statut du retraité en tant qu'actif mais non salarié. Beaucoup d'activités peuvent être envisagées profitant de l'expérience des retraités, comme de la formation des plus jeunes. Ces activités pourraient être en partie rémunérées pour compléter les retraites qui ne sont pas tout le temps suffisantes.
Enfin n’oublions pas le problème des quinquagénaires qui se retrouvent au chômage ou en préretraite : comment peut-on envisager d’augmenter la durée de cotisation si nous ne réglons pas leur problème ?
Voici plusieurs pistes que je propose :
- Une réduction de charges sur les emplois des seniors, afin d’inciter les entreprises à les conserver.
- Que la collectivité leur propose de valoriser leur expérience. On parle en ce moment beaucoup de formation professionnelle qu’il faudrait réformer et renforcer, on parle de sécurité sociale professionnelle devant garantir une formation entre deux emplois. Alors pourquoi ne pas proposer à ces quinquagénaires de faire profiter la société de leur expérience en les employant dans le cadre de ces nouvelles formations qui devront être créées ?
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Ne pas oublier la situation des femmes
Il faut intégrer également la situation particulière des femmes qui très souvent :
- travaillent à temps partiel => retraite réduite
- se retrouvent souvent bloquée dans la progression de leur carrière (et donc dans le montant futur de leur retraite) du fait de l'éducation de leurs enfants
- effectuent une double journée de travail (travail + enfants + tâches domestiques) => d'où stress et fatigue supplémentaire.
Comment transposer ces faits dans un calcul juste et équitable du droit à la retraite ?
L'état n'a pas à rentrer dans le foyer
"- effectuent une double journée de travail (travail + enfants + tâches domestiques) => d'où stress et fatigue supplémentaire."
Je suis en complet désaccord sur la prise en compte d'une double journée, cela relève de la vie du couple : l'Etat doit rester en dehors.
Chez les jeunes, mais aussi chez les autres, les tâches ménagères (en tout cas, pour les gens que je fréquente) sont partagées entre les deux personnes du couple.
Et même, parfois, l'homme fait plus de the ménagèe que la femme. Comment va-t-on contrôler la répartition des tâches ?!!!!!
Décomptabiliser les années d'éducation des enfants
Une solution serait de comptabiliser les années d'éducation des enfants de la même façon que les durées des stages, mémoires et thèses, car cela constitue également une forme de travail utile à la société.
D'ailleurs cela ne devrait pas être réservé aux femmes. Un homme peut également avoir ce rôle !
Pour le temps partiel, si il est du à une disponibilité nécessaire pour éduquer les enfants, il serait également concerné.
Quant à la double journée, je pense qu'une évolution des mentalités est plus que souhaitable pour que la charge soit répartie dans un couple. Je pense qu'il est extrêmement difficile de trouver une solution simple et satisfaisante, car cela concerne également les parents élèvant leurs enfants seuls, ainsi que tous les célibataires (pour les tâches domestiques).
Nicolas Gaborit
C'est déjà le cas
La proposition de compter la pénibilité du travail pour calculer l'âge de
départ à la retraite est inutile puisqu'elle existe déjà.
Avec le même nombre d'année de cotisation (disons 40 ans), c'est déjà le cas :
- un ouvrier (sorti avec le bac) qui commence à travailler à 20 ans peut
partir à 60 ans.
- un technicien (sorti avec une licence) qui commence à travailler à 22 ans peut partir à 62 ans.
- un cadre (sorti avec un master) qui commence à travailler à 24 ans peut partir à 64 ans.
44,5 +25 = 69,5. 70 ans pour partir en retraite alors que d'autre partirait à 58,2, vive l'égalité.
Je ne sais pas comment je serai à 70 ans pour faire cours devant des élèves. En tout cas, les profs de collège et de lycée ne pourront pas le faire. Quand j'étais élève, les profs finissaient l'année scolaire avant de prendre leur retraite, maintenant ils quittent leur boulot le plus tôt possible.
Le salaire d'un enseignant-chercheur (bac+8) est déjà ridicule (le premier échelon est 1700€ nets). Il est inférieur au salaire d'un technicien supérieur : il ne faut pas pousser non plus le bouchon trop loin :
- qualification maximale
- salaire ridicule
- plus d'années de cotisation !!!
Décompter les années d'études
Il ne faut pas oublier ceux qui ont fait des études et qui finissent par faire des métiers pénibles.
Mais il est vrai que les années d'études devraient pouvoir se décompter d'une certaine manière, tel que je le propose par exemple:
"Les années d’études devraient pouvoir être rachetées, afin de ne pas trop pénaliser ceux qui ont fait beaucoup d’études, car ces dernières n’augmentent pas l’espérance de vie. Par exemple un cadre docteur (je fais justement partie de cette catégorie) est clairement désavantagé par ce système. Il faudrait même rajouter dans le calcul de la durée de cotisation les durées des stages, mémoires et thèses, car ils constituent un certain travail profitable à la société."
Ceci dit, les chiffres que je donnais sont un exemple, et je ne mettrais pas de toute façon le métier d'enseignant dans la même catégorie que celui de cadre.
Quant au salaire des enseignants, il est injustement bas, et mérite une forte revalorisation, je suis tout à fait d'accord.
Nicolas Gaborit
Officiellement, c'est le cas
Légalement, il est possible de racheter des années d'études depuis la réforme Raffarin-Fillon, mais vu le tarif, j'aimerais avoir des statistiques là-dessus !!!
Pour le rachat, il me semble que plus on les rachete tôt, moins ça coûte cher. Mais quand on est jeune, on a souvent d'autres investissements et entre autres l'achat d'un appartement ou d'une maison.
J'en profite pour dire que vouloir être propriétaire n'est pas une valeur de droite (je ne sais plus quel démagogo soi-disant de gauche a dit à la télévision que la société française se droitisait et la preuve est que les gens voulaient devenir propriétaires de leur logement et ne voulaient plus être locataires).
Les suicides des cadres chez Renault ou Peugeot ne sont pas dus, je pense, à des déceptions amoureuses.
La pénabilité n'est pas que physique, elle peut être mentale.
Il y a un métier très pénible, personne n'en parle : les déménageurs. Trois jours pour Cherbourg-Dijon, nuit dans la benne du camion ...
Lionel
C'est exact
Le rachat tel quel n'est pas juste. Il faut donc le réformer: décompter automatiquement certaines années d'étude (thèses, mémoires, stages), et permettre de racheter les autres de manière transparente et juste (le même prix pendant toute la vie par exemple).
Quant à la pénibilité mentale, il faut égalemet la décompter. Ceci dit ce ne sera pas facile (ça peut dépendre d'une entreprise). On n'arrivera jamais à un système totalement juste, mais il faut s'en rapprocher au mieux.
Nicolas Gaborit
Calcul des cotisations pour le rachat des années détudes
Pour 12 trimestres (c'est le maximum), le simulateur de calcul des cotisations pour le rachat de mes années donne comme résultats :
- Pour obtenir un supplément de liquidation uniquement : 21 460,39 €
- Pour augmenter la durée d'assurance : 45 268,01 €
- Pour obtenir un supplément de liquidation et augmenter la durée d'assurance : 67 063,72 €
C'est du foutage de gueule tellement c'est prohibitif !!!!
On est déjà obligé de se "serrer" la ceinture pour acheter une maison, si on plus il faut emprunter pour pouvoir racheter les années d'études.
De plus, l'état "oublie" que les personnes qui font des études est de l'investissement pour lui !!!!