« Le développement durable et solidaire : une rupture, un défi, une chance »

Contribution du Pôle rénovateur de la section du 11è arrondissement / Paris

« Le développement durable et solidaire :
une rupture, un défi, une chance »

Quel concept de développement durable ?

Le développement que nous définissons comme durable et solidaire est un mode de développement global qui tente de faire progresser plus harmonieusement les différents enjeux des sociétés humaines : sociaux, économiques, de santé, environnementaux, alimentaires et culturels,.

Le développement durable est souvent perçu comme un enjeu de préservation de la planète qui fait consensus et qui donne bonne conscience en devenant un phénomène de mode, un discours d’initiés ou une stratégie de communication notamment pour les grands groupes financiers.

Le développement durable que nous proposons est une révolution économique, sociale et culturelle ; il appelle un nouvel état d’esprit, une autre façon de concevoir le développement avec des valeurs, une éthique et une responsabilité fondées sur l’intérêt général. C’est un processus d’évolution, une dynamique qui consiste à penser et à agir autrement, qui s’adresse à tous et veut mobiliser aussi bien les acteurs de la vie publique que les entreprises, les associations, les citoyens et les consommateurs.

Le développement durable est un tout qui associe le développement économique et le progrès social, en donnant la primauté à l’humain. Le développement économique durable devient un moyen pour réaliser l’objectif social. Nous considérons le volet social comme une priorité pour placer l’homme au centre de l’activité économique et de la préservation de la planète. Pour cela, nous souhaitons aménager et réorienter le modèle économique actuel que nous situons clairement dans une économie de marché plus solidaire et plus durable.

Ce mode de développement doit s’appliquer également au niveau européen. Il convient d’encadrer le marché par des normes sociales et écologiques chiffrées. Cela permettrait de se focaliser sur ces dimensions, et d’engendrer des corrections pour les pays européens ou exportateurs ne respectant pas les critères sociaux et écologiques. Ces normes doivent être à la fois quantitatives et qualitatives.

Comment concilier la préservation de l’environnement avec la performance économique et la réduction des inégalités ?

Nous exigeons que des mesures urgentes (et financées) soient prises pour préserver l’environnement. Le défi environnemental doit être vu comme une chance, à condition d'anticiper plutôt que subir les mutations. Il y a deux logiques : celle du laisser-faire, du libéralisme extrême, qui vise des profits importants et immédiats et nous prépare au pire. Ou celle de la volonté publique et citoyenne, qui défend l’intérêt général, qui relève les défis, pour laisser aux générations futures une planète vivable, qui applique le principe pollueur - payeur et qui tend vers un modèle économique plus écologique.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, on ne doit pas trouver de nouvelles excuses pour ne pas investir massivement. On ne peut repousser l’urgence de l’action. Quel est le coût de l’inaction ? D’après le secrétaire général de l’OCDE : « Près de 150 millions de personnes risquent d’être exposées à des inondations côtières d’ici à 2070. Pour quel impact financier ? 35 000 milliards de dollars d’ici à 2070 au lieu de 3 000 milliards aujourd’hui.» Nous soutenons donc, la mise en place d’une taxe carbone dans les pays de l’UE ; à 20 € la tonne de CO2, elle rapporterait 40 milliards d’euros et permettrait de favoriser les énergies renouvelables et les transferts de technologies, tout en réduisant massivement les GES. Arrêtons de subventionner les bonnes pratiques, mais taxons les mauvaises pratiques.

Le développement durable devient un atout et une chance pour l’économie, l’innovation et la création d’emplois.

Nous soutenons toutes les incitations ainsi que les investissements et la recherche liés au développement durable. Nous souhaitons également la mise en œuvre d’un plan national de formation initiale et continue aux pratiques du développement durable.

Le marché des énergies renouvelables devrait quadrupler d'ici à dix ans, et atteindre 330 milliards d’euros. L’habitat correspond à un marché de 600 milliards d’euros. Les 365 000 entreprises du bâtiment vont créer près de 200 000 emplois nets. De nouvelles professions se développent, de l’énergéticien au rénovateur de bâtiment. De nouvelles qualifications vont voir le jour pour les équipements utilisant les énergies renouvelables. Face à la flambée du prix du pétrole, les grands constructeurs automobiles de l’Union Européenne doivent développer des solutions alternatives : véhicules à faible émission de CO2, véhicules électriques ou hybrides…

Le développement durable avec sa dimension économique a vocation à s’inscrire dans l’innovation technologique et la recherche pour développer des éco-produits et des éco-technologies. Il devient un vecteur de croissance économique, de création d’emplois et de nouveaux métiers. Le contenu même de la croissance doit changer ; les nouvelles contraintes poussent à l’innovation et créent de nouvelles opportunités . Il s’agit également d’entreprendre autrement en développant de véritables entreprises de développement durable comme par exemple les coopératives de production ( SCOP ) dont les valeurs et les règles prennent en considération l’être humain : une personne = une voix, réserves impartageables et répartition équilibrée des bénéfices.

Nous souhaitons que les plus faibles soient protégés et que les mesures propres à aider les gens à s’adapter aux nouveaux enjeux (formation et éducation) soient mises au cœur des efforts d’accompagnement de la puissance publique, des collectivités territoriales et des entreprises. En effet, dans l’esprit même d’un développement durable, la performance économique ne peut être dissociée de la solidarité et de la réduction des inégalités. Les couches sociales les plus défavorisées sont les plus exposées aux nuisances environnementales (habitat éloigné et situé dans les zones les plus polluées, nuisances sonores…) et à la hausse du coût de l’énergie qui réduit encore un pouvoir d’achat déjà trop faible. Il faudra notamment travailler sur les modèles de consommation, d’habitat, de transport, de santé et améliorer la qualité nutritionnelle de l’alimentation.

Comment créer les conditions d’une appropriation du développement durable par les citoyens ?

Souvent, les citoyens sont informés, mais ils ne mesurent pas la complexité ou le coût des mesures environnementales. Sur cette base, un écart considérable se creuse entre le discours et le passage à l’acte. Les pouvoirs publics doivent concevoir et mettre en oeuvre une véritable stratégie de réorientation à court, moyen et long terme vers un développement durable. Elle commence dans l’éducation des jeunes générations, la formation tout au long de la vie des adultes ; elle doit devenir une dimension incontournable de tous les projets économiques et sociaux, d’habitat, de santé, de vie collective et individuelle. Une réflexion sur un nouveau savoir-vivre mérite également de voir le jour. Pour relever un tel défi, une logique de découverte collective et d’adhésion, basée sur la transparence et l’évaluation collective doit être privilégiée. A cet effet, des indicateurs permettant d’évaluer les progrès accomplis devraient être développés. Il faudrait également prendre en compte le décalage entre le temps politique et le temps nécessaire à la mise en œuvre de projets de développement durable.

Pour que les citoyens s’engagent dans cette voie exigeante qui conduira à de profonds changements économiques, sociaux et comportementaux, il nous faut leur proposer des actions concrètes, inscrites dans la durée et les impliquant directement. Il s’agit de faire découvrir la réalité, l’ambition et les promesses du développement durable.

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