De l'école à un projet global d'éducation
L’école républicaine est un bien d’intérêt collectif.
Il n’y a pas un des maux de la société dont l’école ne soit rendue, d’une manière ou d’une autre, plus ou moins responsable. C’est bien connu et, de tous temps, on renvoie à l’école la charge et la mission d’anticiper par sa bienveillante action éducative, les déviances sociétales, les déséquilibres culturels, les dysfonctionnements nombreux d’une société qui a perdu sa raison.
Pourquoi pas, dès lors que l’école est le seul point de passage obligatoire pour tous depuis la disparition du service militaire qui, lui, ne concernait au demeurant que les garçons.
La mission républicaine de l’institution scolaire conserve toute sa noblesse si l’on veut bien considérer qu’elle a d’abord à offrir aux générations successives de citoyens les chances les plus équitables de leur formation: apprendre, à lire et à compter, bien sûr; construire des connaissances scientifiques et humanistes, fournir les outils de ces mêmes cultures scientifiques et humanistes; développer l’esprit critique, favoriser l’éclosion des sensibilités artistiques; épanouir les aptitudes physiques ; construire des valeurs morales et citoyennes.
Tâche d’autant plus lourde qu’elle se doit aussi de suivre, sinon d’anticiper, les extraordinaires progrès technologiques des sociétés modernes dont elle a la charge d’en offrir la maîtrise à ses élèves.
Ainsi, l’école publique, dans un système idéal, est sans conteste l’un des meilleurs outils d’intégration citoyenne et républicaine que l’on puisse imaginer. Son bon fonctionnement contribue alors à modeler une société nationale harmonieuse, composée de citoyens avertis, bref, un corps social équilibré, régi par un registre de valeurs partagées.
Sauf que la réalité est tout autre et que l’école n’est au fond que le reflet de la société qui la dessine. Elle fonctionne sur les mêmes principes d’inégalités sociales, culturelles, économiques.
Les déclarations vertueuses n’y suffisent pas. La revendication des moyens non plus.
Au raisonnement simpliste qui renvoie à l’école la responsabilité des insuffisances de la société, il faut substituer une réflexion sérieuse sur la perversité d’une société qui triture son école, au gré des inflexions politiques, jusqu’à la rendre inopérante.
Depuis l’origine où, faut-il le rappeler, la vocation de l’école - en se fixant l’objectif essentiel d’apprendre à lire et à compter à tous les enfants de la République - consistait à offrir à chaque citoyen les moyens de son libre arbitre, il n’y eut pas d’autre réforme, parmi les innombrables proposées, que celle de 1989 qui ait l’ «audace» de placer l’élève au cœur de ses préoccupations.
On passait en effet, avec cette loi d’orientation, d’un système de «moule unique» pour tous à une école centrée sur la réussite de chacun.
Même s’il ne s’agit pas de vouer aux gémonies la vieille école républicaine qui a satisfait longtemps à sa mission en élevant considérablement nos niveaux de connaissances et de culture, il faut bien intégrer l’idée que les publics qui la fréquentent désormais n’ont plus rien à voir avec ceux pour qui on l’avait inventée.
Et, si l’outil de promotion sociale et culturelle imaginé au début du siècle dernier a permis, sans conteste, l’essor considérable du développement économique de notre société moderne, l’objet de l’école aujourd’hui est de servir d’autres ambitions, d’autres projets.
Ce sont, en effet, les modes de développement économique de notre société qui ont engendré la plupart des dysfonctionnements dont on tient trop souvent l’école pour responsable parce qu’elle faillirait à sa mission.
Mais peut-on indéfiniment renvoyer sur cette institution séculaire la responsabilité d’appréhender les défis de notre fonctionnement collectif quand dans le même temps on s’absout de toute réflexion sur l’objectif qu’on lui fixe en se contentant, le plus souvent, de réformes programmatiques qui s’empilent, les unes sur les autres, à la manière d’un mille-feuilles?
Certes non!
On ne raisonne école, dans ce pays, qu’en termes de refonte des programmes, d’adaptation de l’horaire scolaire aux besoins de l’industrie du tourisme, de périmètre scolaire et de postes.
Si ces préoccupations sont loin d’être totalement négligeables, elles ne doivent certainement pas présider seules à l’organisation du système.
Qu’on ait le courage, rapidement, d’un grand et vrai débat sur ce que l’on attend de l’école républicaine, d’un débat sans tabou qui ne se traduise pas seulement dans un rapport sans suite comme on en a la malheureuse habitude.
Il est urgent de savoir ce que l’on veut faire pour savoir comment on le fera.
Alors, quand on aura décidé de ce que doit être la mission de l’école, on pourra en définir les contenus et les moyens qu’on lui attribue.
Et si, comme je pense qu’il est indispensable que cela soit, le cœur de nos préoccupations n’est pas de savoir quelle méthode d’apprentissage on choisira pour la lecture, ni même si les élèves doivent se lever à l’apparition de leurs maîtres ou chanter la Marseillaise chaque matin, mais qu’il est bien plutôt de savoir comment le système éducatif peut effectivement prendre en charge la réussite de chacun des élèves qu’il accueille et pour cela prendre en charge effectivement ses particularités et ses difficultés, alors la question des moyens que la République donne à son école pour relever les défis qu’elle lui fixe prendra un tout autre sens.
La désespérance en l’avenir qui pousse aujourd’hui nombre de jeunes à manifester devant les mesures incompréhensibles, parce qu’elles n’ont pas de fondement d’objectif, qui sont prises budget après budget vient d’abord de ce que ces jeunes ont le sentiment que la société dans laquelle ils vivent n’a pas de projet pour eux et qu’elle ne leur offre pas l’espace de ceux auxquels ils pourraient aspirer.
Le désarroi des enseignants, blackboulés par des réformes absconses dont ils ne perçoivent pas l’intérêt, mis en cause dans leurs parcours professionnels par des mesures administratives ou budgétaires arbitraires, s’exprime le plus souvent dans des replis corporatistes.
Et l’incompréhension des familles ne se mesure qu’à l’aune des incohérences d’un système à bout de souffle.
L’école républicaine n’est pas l’affaire d’un ministre, ni même celle d’un gouvernement; elle est un bien d’intérêt collectif.
Si la société tout entière ne se la réapproprie pas, il est probable qu’elle dépérisse pour cause de faillite et dès lors, on regrettera ici sa disparition tragique, tandis qu’on célébrera là, l’émergence d’autant d’écoles qu’il y aura de projets marchands.
De l’école à un projet global d’éducation.
L’Ecole doit proclamer ses principes et ses valeurs, qu’elle tire du fondement de l’esprit républicain, les affirmer et les revendiquer sans cesse pour qu’elles soient retenues et reconnues par la société tout entière : parier toujours sur l’Homme et sa capacité à dépasser ses échecs, promouvoir toutes les formes de la solidarité, lutter contre les emprises de toutes sortes et pour l’émancipation des êtres. Ainsi l’idéal républicain de l’Ecole doit-il devenir l’idéal de la société tout entière et celle-ci pourra alors se définir comme une véritable société éducative, une société où l’éducation soit reconnue comme une valeur fondatrice.
La détermination d’un projet éducatif global concerne tous les acteurs de l’éducation, choisis ou subis et ne saurait en aucun cas se limiter à la seule définition des missions assignées à l’école. Les sphères éducatives sont multiples, de la famille à l’entreprise qui produit sa propre culture, des médias à l’école qui ne saurait se limiter à l’exigence de transmission des savoirs, de la crèche à la formation professionnelle, de l’éducation du jeune enfant à l’éducation permanente, de la formation universitaire à l’éducation populaire. En tous temps comme en tous lieux, l’éducation c’est la vocation d’accompagner le cheminement des individus, dans leur grande diversité, vers la maîtrise des outils de leurs savoirs, de leur savoir faire, de leur savoir être, de leur savoir penser librement. S’il s’agit d’abord de fournir les outils de la connaissance – mission séculaire de l’école que lui contestent aujourd’hui les médias, l’entreprise ou encore l’explosion des technologies de la communication, il s’agit tout autant d’offrir aux individus les moyens de s’approprier les outils indispensables à l’exercice de leur citoyenneté, à la conscience de leurs comportements sociaux.
La responsabilité éducative est diverse et partagée entre des acteurs multiples :
· au sein de la famille, la responsabilité des parents reste essentielle et doit être encouragée par des politiques volontaristes qui valorisent « l’école des parents » plutôt que de stigmatiser leur démission ; qui les associent tout au long de la formation des jeunes en les concernant par les choix éducatifs retenus au sein des différentes communautés éducatives qui vont accueillir leur enfant ( crèche, jardin d’enfants, école du premier comme du second degré…
· au cœur de la collectivité qui a mission d’organiser matériellement la prise en charge des enfants puis des jeunes, la responsabilité des communautés éducatives est collégiale : éducateurs de jeunes enfants, assistantes maternelles, personnels spécialisés, enseignants, personnels de service ou d’entretien, intervenants sociaux ou de santé, éducateurs techniques, élus des collectivités territoriales, associations laïques d’éducation populaire ….c’est l’ensemble des adultes qui participent à la communauté éducative et concourent ainsi à l’épanouissement individuel, au développement de la personnalité, à la préparation aux situations professionnelles, à la formation du citoyen, à l’accès aux savoirs, savoir-faire, savoir être, savoir vivre et mettent chaque jeune en situation de réussite.
Mais pour que vive – au delà des mots et des bonnes intentions - une communauté éducative, elle a besoin de se souder autour d’une communauté de culture et de valeurs qui doivent être explicitées afin de servir de liant entre des individualités différentes afin d’obéir à une déontologie et à des règles communes acceptées qui garantissent la solidarité, le respect mutuel et la cohérence de fonctionnement.
La société éducative émergera de cette volonté d’associer le plus largement la totalité des partenaires de l’éducation à des contrats éducatifs locaux ou territoriaux qui mettent en cohérence les lieux, les espaces et les équipes mais aussi les projets et les différentes activités éducatives en fixant les priorités que se donne la collectivité pour les enfants et les jeunes de son territoire.
Dès lors qu’on retient le principe que l’éducation n’est plus de la seule responsabilité de l’Ecole, des enseignants ou des éducateurs mais qu’elle est partagée entre des acteurs, des professionnels, des lieux et des moments différents on perçoit plus librement l’idée que l’Ecole doit être ouverte et intégrée dans son environnement, en dialogue permanent avec les acteurs locaux, garante de ses finalités et de ses spécificités.
En premier lieu, la collectivité nationale, la République doit être en mesure de présenter un projet global, cohérent et mobilisateur, de l’école à l’université, en passant par le périscolaire et la formation continue des adultes.
Le système national d’éducation et de formation doit relever l’immense défi de la démocratisation de la réussite scolaire et de la résorption des inégalités devant l’accès à la formation continue à un moment ou le système éducatif n’est pas préservé des effets du libéralisme mondial.
Pour les socialistes, l’éducation et la formation doivent redevenir des priorités incontournables de la nation : le socle existe dans la loi d’orientation de 1989 qu’il faut prolonger et déclarer constitutive du pacte national de la société éducative en refondant les missions de l’école, en affirmant le rôle de ses acteurs et en inscrivant la réussite scolaire, la justice sociale et l’apprentissage du vivre ensemble au marbre des principes républicains, en y intégrant tous les moments, tous les niveaux de collectivités, les institutions et les partenaires qui, pendant et en dehors du temps scolaire, font œuvre d’éducation et de formation de la petite enfance au temps de la sagesse.
D’énormes progrès ont été réalisés quant à la massification de l’accès à l’éducation et à la performance des formations grâce à l’âpreté des combats de la gauche politique et syndicale. Pour autant, les inégalités de départ, qu’elles soient sociales ou culturelles contribuent encore, à chaque étape de leur formation, à reléguer les enfants issus des classes populaires. Le pacte national de société éducative doit décréter l’illégalité de ces inégalités. C’est une exigence républicaine en faveur de l’émancipation sociale et culturelle des personnes et de la qualité de leur formation. La République doit permettre à chacun de s’émanciper de la tutelle de ses conditions sociales et offrir à tous les conditions de leur réussite. C’est pourquoi le service public d’éducation nationale doit offrir une diversité d’offres de formation capable de répondre à une véritable personnalisation des parcours scolaires pour répondre au triple objectif qui lui est assigné :former une personne éclairée maîtrisant les outils de la compréhension du monde qui l’entoure ; éduquer un citoyen libre et responsable qui participe à la construction d’une société animée par l’intérêt général ; qualifier un professionnel qui maîtrise la technique et la technologie pour répondre aux besoins de notre humanité et qui participe ainsi au développement économique, social et culturel d’une société épanouie.
Daniel AUDUC
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Les grandes écoles
Et si l'injustice sociale commençait dès la formation ?
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Et la pédagogie, peut-on en parler ?
Vous dites : "En tous temps comme en tous lieux, l’éducation c’est la vocation d’accompagner le cheminement des individus, dans leur grande diversité, vers la maîtrise des outils de leurs savoirs, de leur savoir faire, de leur savoir être, de leur savoir penser librement."
Pensez-vous sincèrement que la pédagogie officielle (qui date de 1684) permet d'atteindre ces objectifs ?
Au contraire, n'est-elle pas la première chose à réformer pour que l'autonomie des apprenants soit le résultat du passage à l'école ?
Si la capacité d'obéir et l'incapacité de mutualiser les luttes résulte de l'emploi de cette forme de pédagogie - conçue à l'époque dans ce but -, comment espérer, en la conservant, former des citoyens capables de tirer la société vers plus de justice et d'équité ?
Alissac
Parler pédagogie n'a rien de tabou, bien sûr
Pour autant, faut-il s'entendre sur ce que l'on signifie par là.
Vous évoquez la "pédagogie officielle" ; je n'en connais pas. Si l'on veut bien considérer, en effet, que la pédagogie est une théorie, sinon un ensemble de théories qui relèvent des sciences de l'éducation, alors on en fera remonter les origines au XVIIème siècle... encore que les cultures antiques aient eu sur ce sujet de solides références (évoquera-t-on Platon?)
Si l'on parle en revanche de pédagogie au sens des méthodes ou de l'arsenal des méthodes à disposition des enseignants ou des éducateurs, à moins qu'il ne s'agisse des méthodes induites par le choix des contenus d'enseignement édictés par le ministre, alors le débat est d'une brûlante actualité.
A l'évidence, les propositions de contenu que M. Darcos fait aujourd'hui pour l'école primaire dessinent un profil, un comportement pédagogique qui ne se révèle pas compatible avec l'idée que nous nous faisons de l'école. Recourir à l'apprentissage par la répétition et l'entrainement ne procède pas d'une démarche émancipatrice de l'élève.
Nous ne saurions nous satisfaire du projet de formatage des apprenants qu'il veut imposer. Et le choix qu'il fait de reléguer à la portion congrue tout ce qui relève de l'accès aux cultures scientifiques et humanistes témoigne, s'il en était besoin, de la nature de son ambition.
S'il ne s'agit pas de contester le bien fondé d'un certain nombre de fondamentaux qu'il rappelle ( le savoir lire-savoir compter), nous ne saurions accepter l'idée qu'il s'agisse simplement de les inculquer.
L'école trouve sa grandeur, au contraire, dans une démarche raisonnée des apprentissages qui ouvre l'esprit à la compréhension des mécanismes de construction des savoirs en même temps qu'à celle des savoirs.
La conception que nous avons de l'école, et au-delà, de la société éducative, est fondatrice de notre projet politique et social. C'est d'une école ouverte dont nous avons besoin; ouverte sur les connaissances certes, ouverte aussi sur la conscience et la citoyenneté.
Il s'agit tout à la fois de permettre au plus grand nombre, sinon à tous, l'accès aux savoirs fondamentaux et de contribuer à éveiller les consciences par l'accès à la réflexion critique, à la compréhension des mécanismes sociaux et culturels.
Les comportements pédagogiques destinés à servir cette ambition n'ont à l'évidence, rien de commun avec ceux attendus par les nostalgiques d'une école de l'obéissance et de la répétition.
Encore une fois, mettons-nous d'accord sur ce que nous attendons de l'école. Ensuite viendra la question des moyens - et parmi ceux-ci, la pédagogie - nécessaires à la mise en œuvre et à la réalisation du projet.
D.A.
c'est l'élitisme le problème
Des élèves qui sortent du système scolaire sans aucun diplôme. Des étudiants en Licence qui choisissent finalement de passer un CAP ou BEP. D'autres, diplômés, ne trouvent pas d'emploi. En classe, des élèves qui sont agités ou irrespectueux. Des professeurs en souffrance. Un fossé se creuse entre les adultes et les adolescents. A qui la faute?
Il y a quelques années encore, on considérait que l'enseignement était un "gagne-pain" pour intellectuel. Dans les couloirs de la fac, on disait qu'avec les vacances et les 18 heures de cours par semaine le jeune enseignant avait le temps de préparer l'agrégation ou une thèse. Or, depuis que les élèves ont commencé à s'agiter sur leurs chaises, l'enseignant a dû réfléchir sur sa pratique, car la pédagogie, ça ne s'improvise pas. Or, que se passe-t-il? En France, tout est intellectualisé. Tout passe par l'analyse de texte, le commentaire ou la dissertation. Même l'apprentissage des langues vivantes! Dans toutes les matières, l'élève passe son temps à décortiquer des textes ou à écouter la bonne parole de l'enseignant. Pour le Bac français, enseigne-t-on aux élèves à comprendre un texte littéraire? Un article de presse? un fragment tiré d'un essai? Non. L'élève doit étudier le document à la lumière de la lecture du professeur. Sans même parfois comprendre le cours du professeur, l'élève apprend et recrache les notes qu'il a apprises.
Tous les spécialistes le rappellent : les élèves apprennent plus vite et de façon plus efficace quand ils sont motivés. Les générations d'élèves auxquelles nous avons affaire depuis plusieurs années apprennent "en faisant" et en interagissant avec leurs camarades et le professeur. C'est pourquoi je suis persuadé que les textes officiels devraient inciter les enseignants à opter pour des pédagogies actives (partir des interventions des élèves, les faire travailler en groupes, mettre en place des ateliers) au lieu de les conforter dans une pédagogie du dressage, qui repose essentiellement sur la transmission de savoirs et le mimétisme . Pour cela, il faut que les programmes changent et les épreuves du baccalauréat également. Il faut également revoir la formation de l'enseignant et réformer les concours d'enseignement.
Car le recrutement en France est basé sur l'élitisme. Il est tout à fait possible d'être professeur d'espagnol sans être jamais allé en Espagne (j'en ai connu). Les candidats au CAPES et à l'agrégation sont recrutés sur un savoir strictement universitaire, pas sur les connaissances pédagogiques, ni même sur sur leur pratique quotidienne de la matière. Il y a également une carence sur le plan pédagogique. Les professeurs stagiaires reçoivent à l'IUFM des cours sur l'autorité ou sur le système éducatif, mais ils n'apprennent pas à aborder un document à partir de différentes méthodes pédagogiques (cognitivisme, interactionnisme, pédagogie de l'énigme...). Qui plus est, l'IUFM n'accompagne pas assez les jeunes professeurs à réfléchir sur leur pratique, à expérimenter d'autres formes d'enseignement. De plus, j'ai connu des formateurs qui donnaient des conseils et qui évaluaient les jeunes enseignants alors que eux mêmes n'enseignaient plus dans le second degré. Il ne faut pas non plus séparer les professeurs des écoles des professeurs du second degré. On a tellement de choses à apprendre les uns des autres.
Réflechissons donc sur d'autres façons d'enseigner, pour mieux former les élèves, pour mieux préparer leur avenir. Osons demander aux élèves et aux enseignants ce qu'ils pensent de l'école de demain. Osons expérimenter en cours, changer de méthode, envisager d'autres façons d'enseigner (créer des groupes de réflexion), car cela permettra à l'enseignant et à l'élève de respirer.
Parler pédagogie n'a rien de tabou, bien sûr
« mettons-nous d'accord sur ce que nous attendons de l'école. Ensuite viendra la question des moyens - et parmi ceux-ci, la pédagogie - nécessaires à la mise en œuvre et à la réalisation du projet. » déclare danielauduc le jeu, 01/05/2008 – 11:21
« je suis persuadé que les textes officiels devraient inciter les enseignants à opter pour des pédagogies actives (partir des interventions des élèves, les faire travailler en groupes, mettre en place des ateliers) au lieu de les conforter dans une pédagogie du dressage, qui repose essentiellement sur la transmission de savoirs et le mimétisme » déclare Olivier80 le mer, 30/04/2008 – 21:34
A partir de ces extraits, j'émets l'avis suivant : N'est-il pas évident que le choix de la méthode pédagogique (les outils) renvoie sans ambiguïté à ce que nous attendons de l'école ? Émancipation (donc capacité d'acquisition autonome des savoirs) ou dressage (donc capacité d'obéir indispensable à la perpétuation du salariat, de l'usine à l'armée en passant par ... l'enseignement traditionnel !).
Discuter de la méthode pédagogique actuelle, de son éventuelle réforme radicale, me paraît ainsi une voie plus fructueuse qu'un débat théorique sur les buts de l'école : celui-ci peut certes porter des valeurs merveilleuses ; mais ces valeurs seraient immanquablement foulées aux pieds si l'on conservait la méthode actuelle, dite « simultanée », conçue au 17ème siècle dans un but opposé à l'émancipation des apprenants.
Si nous étions d'accord sur ces prémisses, il me semble que nous pourrions alors analyser en quoi la méthode pédagogique actuelle empêche, par sa structure organisationnelle même, l'émancipation des apprenants. Une émancipation souhaitée par tant de professeurs généreux, passionnés et dévoués, et si nécessaire aux changements profonds de société que tant d'entre eux appellent de leurs vœux ...
Alissac
Pédogogies ou concepts fumeux ?
Je réponds à la question de savoir ce que l'on attend de l'école.
Il faut que les élèves sachent lire, écrire et compter avant tout autre apprentissage approfondi.
Ensuite, il faut former des citoyens ayant des connaissances en histoire (je n'ai pas appris ce que représentait la bataille de Valmy, fondement de la République Française, quand j'étais à l'école), en littérature, en économie, en langue et en sciences (j'inclus évidemment les mathématiques).
Par exemple, je trouve anormal qu'une personne adulte ne sache pas faire une règle de trois et qu'avec un bout de papier, on donne comme solution un tableau de proportionnalité (je fais allusion à la question posée à X. Darcos lors d'une émission de C+).
Il n'est malheureusement pas possible de construire à partir du vide. Moins les élèves (et non apprenants, mot horrible utilisé par les "pédagogues" qui veulent se donner de l'importance en créant des mots afin que le commun des mortels ne les comprennent pas, oui, j'ai encore des traumatismes de l'IUFM) en apprennent, moins ils en savent. Et après, le discours est le suivant : comme ils en savent moins, il faut moins leur en apprendre (en particulier, on entend que l'on n'a plus les mêmes élèves qu'avant : les nouveaux élèves auraient moins de capacités que nous, c'est la théorie de Darwin à l'envers!!).
Il faut que les "pédagogues" sortent du cocon de l'Education Nationale afin de voir les ravages causés par leur propagande qui font qu'un élève actuel de troisième n'a pas les connaissances en calcul, orthographe et grammaire d'un élève ayant le certificat d'étude.
Avant d'être Maître de Conférences en Informatique à l'Université, j'étais professeur certfié de Mathématiques et j'ai été détaché pendant sept ans au Ministère de la Défense : je faisais de la formation continue à des militaires et des civils qui avaient parfois un BEP et souvent un Bac.
Devant le niveau, en baisse constante, des nouveaux élèves, mes collègues militaires me demandaient ce que l'on faisait dans l'Education Nationale pour obtenir ces résultats. Des gens titulaires d'un DUT de mesures physiques ne savaient pas utiliser un logarithme ou une exponentielle.
Les élèves n'ont même plus le goût de l'effort, tout n'est pas forcément ludique dans la vie !!! Ce goût de l'effort n'est évidemment pas naturel et il doit s'acquérir !!
Quand je jouais encore au football, il y a quelques années, les juniors se comportaient en "ramiers" alors que les vieux de 35 ans et plus couraient comme des cabris !!!
Quand on voit comment les adolescents actuels sont mous et nonchalants : c'est triste.
Oui, il faut conserver les examens, les contrôles et le redoublement. Il faut arrêter de penser que l'on va traumatiser les élèves quand on donne des notes. Dans la négative, je propose que l'on enlève les filets de volley pour ne pas traumatiser les pauvres élèves qui n'arrivent pas à faire passer la balle par dessus, que l'on enlève la barre du saut en hauteur pour ne pas traumatiser ceux qui n'arriveront pas à la franchir, sachant que cette épreuve est horrible puisqu'elle se termine forcément avec un saut qui est un échec : la barre tombe, supprimons cette discipline cruelle qui révèle les limites de l'individu !!!
Concernant le paragraphe suivant :
"A partir de ces extraits, j'émets l'avis suivant : N'est-il pas évident que le choix de la méthode pédagogique (les outils) renvoie sans ambiguïté à ce que nous attendons de l'école ? Émancipation (donc capacité d'acquisition autonome des savoirs) ou dressage (donc capacité d'obéir indispensable à la perpétuation du salariat, de l'usine à l'armée en passant par ... l'enseignement traditionnel !)."
Franchement, parler de dressage quand il s'agit d'utiliser ses connaissances, c'est vraiment une caricature grotesque. De plus, le savoir peut être pris ailleurs qu'en cours (quand j'étais lycéen, je lisais le canard enchainé et le monde).
C'est l'informaticien qui parle : les élèves vont essayer de s'émanciper devant un langage de programmation ou un système comme linux, je suis curieux de voir quelles vont être leurs capacités d'acquisition des savoirs.
Il n'est pas possible de tout reconstruire et il est obligatoire d'avoir un cours, un tutorial ou un livre comme guide.
Quand j'étais lycéen, un professeur d'Allemand ne traduisait rien, il m'a complètement coulé.
Lors de ma seconde année à l'IUFM, un stagiaire venait de l'industrie (très haute fonction) et il a dit aux formateurs que lorsque une machine arrivait, on ne laissait pas l'ouvrier toucher à tous les boutons pour voir les causes, on le forçait à lire le mode d'emploi ou on lui faisait une démonstration.
Il ne faut plus que l'élève soit au centre du système éducatif, c'est la place du savoir !!
Et que l'on n'emploie plus ce terme horrible de sciences de l'éducation. Dans une science, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce n'est pas le cas dans l'éducation.
Il faut redonner du pouvoir aux enseignants et en particulier respecter plus souvent les décisions des conseils de classes. Il faut aussi que les administrations soutiennent plus les enseignants lorsqu'il y a un problème avec un élève perturbateur ou avec ses parents.
N'y aurait-il pas un but caché qui consisterait à laisser le peuple dans l'ignorance ?