Contribution Collective Grand Nord Avenir (Nord, Pas-de-Calais, Somme, Bruxelles) - annexe 7 de la synthèse générale

Contribution aux 10 questions posées
(Annexe 7 à la synthèse générale des contributions thématiques de Grand Nord Avenir (Nord, Pas-de-Calais, Somme, Bruxelles)

Auteur : Gérard Eloi, Belgique, Militant de la e-Task-Force at animateur du blog
www.centpenseespourvous.com

Question 1 : Il faut sortir du fossé entre un discours pseudo révolutionnaire dans l’opposition et un conformisme économique au pouvoir : de quelle façon ?

Avant de donner ma réponse, je dois brièvement expliquer comment j'ai compris l'énoncé :

- les révolutionnaires dans l'opposition sont pour moi les personnalités politiques qui ont exprimé de bonnes idées, mais qui restent toujours dans l'opposition, sans doute par manque de moyens d'appliquer ces bonnes idées.
- quant aux "conformistes à l'économie", j'imagine qu'il s'agit de ceux qui ont émis de bonnes idées, mais qui n'ont pas eu la possibilité de les appliquer une fois arrivés au pouvoir.

Pour sortir de cette spirale désespérante, il faut que la classe politique...retrouve de la classe, tout simplement !

· Pour cela, il faut que le programme ait été établi après avoir déterminé tout ce qui doit être fait pour que les conditions de vie soient décentes (logement, éducation, pouvoir d'achat,...). Une fois tout recensé, il faut "classer" à partir du plus urgent. Ensuite, il faut étudier avec quels moyens on pourra atteindre ses objectifs. Enfin, il faut une totale transparence : le programme est présenté, dans l'ordre de ses urgences, avec les résultats de l'étude de faisabilité qui a été menée.
En résumé, au lieu de dire " Demain, tout sera possible", et puis d'imposer des lendemains qui déchantent, nous dirons : " Demain, nous construirons X logements sociaux, grâce à tel financement; après-demain, nous créerons Y emplois nouveaux (secteur environnement, énergies nouvelles, par ex....").

Je n'ai rien inventé : ce fut la méthode de travail de Ségolène avec le pacte présidentiel. Les mesures étaient clairement présentées, ainsi que les moyens d'action (donnant-donnant, gagnant-gagnant, économies avec l'écologie,...). Le seul bémol a été que ce travail clair et complet a été insuffisamment compris. Notamment à cause d'un manque de temps : Ségolène n'a disposé que de quelques mois pour présenter les objectifs et les moyens d' y arriver. Il faudra donc démarrer plus vite : le programme doit être clair, complet et réalisable. Et aussi présenté et compréhensible dès que possible. Il ne faut surtout pas attendre février 2012 !

Question 2 : Le socialisme ne peut pas se contenter d’aménager le capitalisme financier à la marge : comment produire et répartir autrement la richesse ?
Rappel : pourquoi "autrement" ? Parce qu'aujourd'hui les richesses sont distribuées à quelques exploiteurs (multinationales pétrolières, financières et autres), revoir l' Empire de la honte de Jean Ziegler.

Marge de manoeuvre des Etats : très faible, à cause (dans le désordre) de mondialisation, libre concurrence ayant engendré libéralisme à outrance, voire même certaines règles européennes. Pour produire et répartir autrement, il suffirait peut-être d'utiliser, mais de manière humaniste, les mêmes "armes" que l'adversaire….Vous avez dit " Libre concurrence" ? Que ce concept soit alors valable également pour les collectivités (municipalités, communautés urbaines, régions, états,...et aussi les sections des partis progressistes).

Mais que pourraient produire, puis répartir, ces collectivités ? Il faudrait que soient exploités par des "entreprises publiques", ou des « coopératives socialistes » les richesses générées par les spécificités régionales, dans des créneaux encore trop peu développés, comme énergies propres et renouvelables. Il y en a énormément, beaucoup plus qu'on le croit. Et cette industrie peut être liée à la construction de nouveaux logements. On peut aussi envisager des études puis la réalisation de moyens de transport (d'abord sans doute pour les transports en commun) à consommation énergétique tendant vers le coût zéro. On pourrait peut-être aussi imaginer des "banques publiques". Quand on connaît les tarifs bancaires : on accorde 2 % aux épargnants, on reçoit parfois 15 % des emprunteurs ! Il y a moyen de faire mieux.

Produire, puis surtout répartir les richesses doit signifier pour le citoyen gagner plus ou dépenser moins. Si chauffage, électricité, logement et autres étaient produits à coût nettement moindre (parce que les "marges bénéficiaires" seraient cette fois honnêtes) par des entreprises publiques, les citoyens dépenseraient beaucoup moins. Les services publics aussi !

Les privatisations à outrance auront rendu " Les riches encore plus riches, les pauvres encore plus pauvres". On ferait donc exactement le contraire ! D'accord, voilà qui présente un petit air "collectiviste". Ce qui n'a pas bonne réputation, à cause de sinistres dérives dans le passé. Mais, si le jeu est joué cette fois honnêtement, il peut être gagnant. Du moins je l'espère…

Question 3 :Que reprendre des modèles progressistes des autres pays et que rejeter ?
Très difficile de répondre à cette question, qui fait appel à des connaissances en politique et économie internationales que je ne domine pas. Néanmoins, je lis les journaux, et j’ai quelques idées, qui valent ce qu’elles valent.

Modèle scandinave : a été lancé à un moment où les pays scandinaves étaient déjà bien plus riches que le reste de l’ Europe. Est donc difficilement applicable dans un pays comme la France…qui s’appauvrit encore depuis le 6 mai 2007. En plus, le mouvement « Gonordisk » (qui s’appelait d’abord « Segonordisk », avant de changer de nom) n’ a eu aucun succès, et a au contraire suscité la méfiance, notamment avec sa « flexicurité ».

Modèle anglais : un bon point pour Blair avec la banque d’Angleterre, mais, dans le même cadre, deux mauvais points pour cette mauvaise foi historique de vouloir décider en Europe…en refusant l’ Euro ! En plus soutien sans faille à Bush ( Afghanistan, Irak,…) : rien d’une politique de gauche, rien à en tirer.

Modèle allemand : gauche + droite au pouvoir. Solution d’avenir ? Quand on sait que dernièrement, les interventions de la Sécu sont fonction du degré de « responsabilité » des malades dans leur maladie, on répond « non » : c’est encore pire que les franchises médicales !

Enfin modèle espagnol : Zapatero a dit : « Pour répartir des richesses, il faut en créer ». Et il y arrive :20 milliards d’ excédent budgétaire en 2007 ! Créer des richesses : j’en parlais dans ma réponse à la question 2 ! Un bémol : malgré cet excédent budgétaire, il paraît que les chiffres du chômage restent alarmants. En plus, avec Zapatero : politique de développement de la coopération en Afrique. C’est très brièvement résumé, mais il me semble que voilà la preuve qu’il y a moyen de devenir plus riche, tout en participant activement à sortir les plus pauvres de la misère…

Modèle belge : institutions beaucoup trop complexes pour être exportées.
Les autres pays : je connais beaucoup trop peu. Sauf le modèle italien, qui n’a hélas pas résisté au retour de Berlusconi.

Deux compléments à cette question ayant trait à l’ Europe :

1) Actuellement les forces de gauche ne disposent pas de majorité au parlement européen. A l’heure où va se mettre en route la lourde et inquiétante machine du traité dit simplifié, une majorité de gauche serait indispensable pour négocier de manière humaniste certains points trop libéraux de ce traité. Il faut donc que les gauches des 27 pays soient prêtes à exercer un réel pouvoir à un moment difficile, avec un programme clair et répondant aux besoins essentiels des citoyens. J’espère qu’on ne trouvera pas dans les candidats euro-deputés de « pseudo-révolutionnaires » en quête seulement d’une opposition « confortable ».

2) La gauche française et les gauches européennes. Pour l’élaboration d’un programme répondant aux réels besoins, on ne peut s’inspirer que des grandes lignes chez certains voisins européens. Pour être efficace, un programme doit tenir compte de certaines spécificités régionales. Et la France est fort complexe.
En effet, les pays nordiques sont dans une « atmosphère » atlantique ou mer du Nord ; le Sud est méditerranéen ; l’ Allemagne et voisins ont un climat continental. En France, il y a à la fois Mer du Nord, Atlantique et Méditerranée ! Une diversité des climats et des terrains qui doit être une richesse aux points de vue nouvelles énergies, agriculture, tourisme,…

Question 4 : Il faut pousser l’agilité des entreprises, le goût du risque et l’esprit d’entreprendre, tout en améliorant la situation des salariés et leurs sécurités sociales. Avec quel compromis ?

Esprit d’entreprise : oui. Goût du risque : attention !!! En venir à « favoriser » ce goût du risque peut mener à de sérieux dérapages, ex. les parachutes dorés de sinistre mémoire. Le risque zéro n’existe hélas dans aucun domaine. Dans celui de l’économie on doit constater que, notamment à cause de la mondialisation, du libéralisme,…, les grosses multinationales écrasent tout sur leur passage. Avec dérives écoeurantes : des personnes courageuses et honnêtes ont tout perdu, en revanche les magouilleurs, les tricheurs et les malhonnêtes continuent de gagner sur tous les tableaux..

Il faut avouer qu’entreprendre est risqué à cause d’éléments internationaux échappant totalement au contrôle de l’entrepreneur. En plus, améliorer la situation et la sécurité sociale des travailleurs semble parfois utopique, à cause de la concurrence des pays à main d’œuvre trop bon marché, où l’on délocalise à tout va. Un exemple qui vaut ce qu’il vaut : EADS a gagné, contre Boeing, un fameux contrat aux USA. Mais, revers de la médaille, comme le dollar est faible et l’euro fort…on produira aux USA ! Conclusion, un peu lapidaire : un marché en plus…aura généré du chômage en plus. Pour inverser une tendance qui semble désespérante, il y a quasi un monde à refaire. L’objectif : de l’emploi pour tous, en améliorant la situation des travailleurs.

Pour y arriver, il faut que nos entreprises gagnent plus, et ne délocalisent pas. Pour ne pas délocaliser, il faut privilégier l’exploitation des richesses locales et régionales renouvelables. Quelles richesses ? Energies, cultures, tourisme, technologies nouvelles...Etudes de marché et de faisabilité à mener grâce à la recherche.

Pour gagner plus, il faut :
- produire mieux, en ayant étudié sérieusement les besoins. Il faut arriver, grâce à la recherche et aux atouts locaux ou régionaux à répondre à une part des besoins de meilleure manière que ce que fait la dictature économique actuelle.
Un seul exemple : flambée aujourd’hui des prix du pétrole, et flambée aussi des bénéfices des sociétés pétrolières ! Il « suffit » de remplacer ce pétrole par ce qui est le mieux exploitable dans chaque région…
- Il faut aussi dépenser moins. Ce qui sera possible grâce à de nouvelles énergies et à système autre que celui de ces actionnaires qui jouent parfois à la faillite pour gagner encore plus grâce à l’un ou l’autre artifice.
En résumé, il faut et il suffit de lancer de nouvelles entreprises performantes où la règle malsaine de (approximativement) 90 % des bénéfices colossaux pour 5 % des déjà nantis n’aurait plus cours.
Et on peut espérer que le « coup d’envoi » de cette économie nouvelle soit donné par des entreprises publiques (voir réponse question 2) ou des coopératives socialistes. Entreprises ou coopératives auxquelles viendraient progressivement s’associer des entrepreneurs privés.

Question 5 : Il faut rééquilibrer le rapport de force entre le travail et le capital par une meilleure répartition du profit. Quels contre-pouvoirs dans l’entreprise ?
Question 6 : Comment rompre avec la redistribution passive et bureaucratique comme principal moyen de s’attaquer aux injustices sociales ?

Une approche de réponse à ces deux questions est contenue dans ma réponse à la question 4 : création de « nouvelles » entreprises, fonctionnant sur un nouveau modèle économique.

Question 7 : Comment améliorer le projet européen pour ne pas oublier les intérêts des peuples et des pays ?

En appliquant une vraie politique de gauche. Donc, d’abord en réussissant à être assez convaincant pour gagner la majorité au Parlement européen en 2009 ! Il reste bien peu de temps…
Vraie politique de gauche : grâce à « nouvelles entreprises, nouvelle morale économique » ( exposé dans ma réponse à la question 4), il faut arriver progressivement à mettre « hors jeu » ceux qui profitent honteusement des dérives du système ultra libéral actuel. Ce qui est bien développé notamment dans le récent ouvrage de Jean Ziegler, l’Empire de la honte.

Question 8 : Les peuples du Nord doivent être protégés de la concurrence internationale sans que les peuples du Sud ne soient victimes du protectionnisme. Avec quelles nouvelles règles ?

Pour les peuples du Sud :
-appliquer le point du pacte présidentiel de Ségolène Royal « co développement » ;
-s’inspirer aussi des réalisations de sa région Poitou-Charentes avec l’Inde. Compte-rendu très intéressant visible dans Désirs d’avenir, rubrique « Actualités », titre « Coopération décentralisée : visite de travail en Tamil Nadu, puis entretien avec le premier ministre indien à Delhi », texte daté du 7 avril 08.
A retenir surtout de ce texte : « Nous avons beaucoup donné, et nous avons beaucoup reçu ».

Question 9 : Les Etats et le marché doivent assurer la sauvegarde écologique de la planète : quel nouveau modèle de développement ?
La sauvegarde écologique de la Planète passe par l’utilisation, le plus rapidement possible, des énergies propres et renouvelables partout dans le monde, ainsi que par une gestion saine des déchets (dangers des incinérations,…).

Déchets, notamment les nucléaires :il faut d’abord en produire beaucoup moins. Il faut donc remplacer progressivement le nucléaire par autre chose. Quant aux autres déchets, dans bien des pays un impact (tris sélectifs, lutte contre le surremballage, recyclages,…), un mouvement est déjà bien lancé.
L’énergie. Electricité, chauffage, transports.
Il faut remplacer, grâce au génie des chercheurs, le pétrole et ses dérivés par autre chose. Il faut d’abord dresser une liste complète de tout ce qui est possible d’utiliser, d’explorer. Ce qui est bien connu : soleil, marées, vent,…

Ce qui l’est un peu moins : gaz de mine (méthane), peut-être aussi le courant des rivières (un peu dans le style des anciens moulins hydrauliques ?). On recommence déjà à utiliser le bois ou autres végétaux : il faut privilégier ce qui pousse vite. Un exemple : les saules têtards dont il suffit de récolter les nombreuses branches élaguées ! Il existe en plus çà et là quelques initiatives intéressantes et encore isolées. Ex : la chaîne de supermarchés Colruyt (Belgique) produit son électricité de manière autonome grâce à la combustion de ses déchets alimentaires (fruits et légumes invendus).
Transports : les véhicules électriques (qui ont besoin d’améliorations) existent déjà. On parle aussi de véhicules solaires. Il existerait même des plans de voitures à l’eau…dont les brevets auraient été rachetés par Total. Sans compter tout ce que j’ignore, il existe donc quelques possibilités….

Quel modèle de développement pour l’ Etat et les entreprises ?
Il suffirait que Etat et nouvelles entreprises parviennent à produire les nouvelles énergies moins cher que ce que coûte le pétrole. Une barre qui semble accessible étant donné le prix actuel des produits pétroliers.

Une « méthode de travail » :

- des collectivités locales,…régionales ou des coopératives socialistes devraient lancer la production de ces énergies nouvelles ( solaire dans le sud, autre chose autre part…) après évidemment de sérieuses études de faisabilté. On imagine facilement, puisque le coût de toute l’énergie est devenu moins cher que le traditionnel pétrole, que les régions voisines vont s’intéresser aussi à ce genre d’exploitation. Puis ce seront les pays voisins, l’ Afrique,…Et, au bout d’un certain temps, même le citoyen US ou Chinois voudra une énergie nettement moins chère que le pétrole. Nettement moins cher n’est pas utopique : le pétrole doit être transporté, raffiné, …et fait appel à beaucoup d’intermédiaires et de spéculation. Le soleil au Texas, les marées en mer de Chine,…tout çà est gratuit et sur place.

Pour –enfin- une meilleure redistribution de ces nouvelles richesses, il suffira de ne pas retomber dans les travers qui caractérisent l’économie depuis trop longtemps ( Un maximum de profits pour quelques-uns, et la misère pour tant d’autres).

Question 10 : Le Parti socialiste doit intégrer toutes les nouvelles formes de militantisme et d’engagement citoyen, ainsi que les réussites du travail des élus locaux. Il doit aussi décider efficacement, avec le sens de la discipline collective. Quelles nouvelles règles communes pour y parvenir sereinement ?
Discipline collective et règle commune ne doivent évidemment pas dériver vers une « pensée unique ».
Pour que quelque chose marche enfin, il suffit d’avoir à gauche, puis aussi dans d’autres partis, des personnes de bonne volonté menées par un certain idéal : « puisqu ‘il est possible de bien vivre, il faut que tout le monde ait la possibilité de bien vivre ».
On laisse son opportunisme personnel au vestiaire quand on entre en politique !
Et je connais déjà plusieurs personnalités qui agissent de cette manière correcte.

Pour Gérard Eloi, les militants de la e-Task-Force :-), les militants et citoyens de Grand Nord Avenir : b.huttner-cox@orange.fr

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