Contribution Collective Grand Nord Avenir (Nord, Pas-de-Calais, Somme, Bruxelles)

Annexe 3 à la synthèse générale des contributions thématiques de Grand Nord Avenir
(Nord, Pas-de-Calais, Somme, Bruxelles)
Diversité et égalité, un défi pour la gauche contemporaine

Contribution proposée lors de la réunion d’Arras le 26 avril 2008. Auteur : Michel David, Président d’Un Monde à l’Autre, Roubaix (59)

Diversité et égalité des chances sont devenues des incontournables du « politiquement correct ». Mots clés de la politique gouvernementale, recouvrent-ils une politique nouvelle, s’agit-il d’habiller des problèmes difficilement nommables ? Quels points de repères donner pour construire, dans un proche avenir, des politiques publiques nationales et locales qui s’attaqueront enfin à la racine du problème ?

Ces questions interpellent le Parti socialiste car la « passion de l’égalité » est au cœur de son identité. Mais il apparaît sur ces questions figé, défensif voire conservateur là où la droite donne l’illusion du neuf. De ce fait, il se coupe de la société et déçoit beaucoup les militants issus de l’immigration qui se tournent soit vers des mouvements de critique radicale (le paradigme colonial des « indigènes de la république ») soit vers une droite plus « moderne »

Ces questions sont aujourd’hui au cœur de mutations profondes de la société :

- les flux migratoires sont un des éléments clé de la mondialisation. Participer à des sociétés ouvertes qui permettent un avenir et une vie réussie, fuir la misère, la répression, les conflits ou les désordres climatiques, des raisons nombreuses alimentent des flux internationaux vers l’Europe, les Amériques ou entre pays proches; ces flux ne cesseront pas; ils participent de la mondialisation: globalisation des marchés de cerveaux et de main d’œuvre, division internationale du travail, dynamiques démographiques. La France et donc la gauche continuent de penser cette grande question d’un point de vue national, le regard fixé sur la ligne bleue du contrôle de l’immigration.

De ce fait on nationalise et instrumentalise (diviser français et étrangers, étrangers et sans-papiers, diplômés et soutiers, européens et « extra-européens ») un problème nullement franco-français et on se laisse enfermer dans l’insoluble contradiction entre contrôle ( et donc, au choix, expulsions, quotas, etc) et régularisation (et donc, au choix, au cas par cas, des seuls salariés, des enfants scolarisés ou massive…), entre maîtrise (des flux, des conditions d’entrée et de séjour, des conditions d’accès à la nationalité) légitime pour une nation souveraine et libre circulation des personnes, un des droits fondamentaux de l’Homme. Le PS n’a pas sur ce sujet brillé par la constance, la clarté et le courage. La question est ardue mais les réponses inaudibles.

- Alors même que les inégalités explosent, nous avons désormais, enfin, la conscience de l’existence de discriminations massives relatives à l’origine, au sexe, à l’âge, au handicap, à l’orientation sexuelle etc. Nous parlons bien de discriminations et non de racisme, c'est-à-dire de pratiques et de processus et non d’opinions, pratiques directement ou indirectement discriminatoires, du fait d’entreprises mais aussi de services publics. Cette réalité désagréable met à mal notre crédo républicain et égalitaire. On peut être républicain et « égalitaire » et discriminatoire. Plus difficile, c’est au nom du refus de prendre en compte des différences qu’on nie la réalité des discriminations.

Ces constats ont conduit à des débats importants sur la manière de lutter contre cette indignité. Derrière le débat sur la discrimination positive, débat mal posé sur la base d’informations biaisées (notamment sur la réalité objective de ces politiques aux Etats-Unis) qui a traversé la droite et la gauche, en fait, nous assistons à la victoire d’un modèle d’action libéral autour de « l’égalité des chances » qui vise à produire de nouvelles élites méritocratiques par la mise en concurrence des individus et en dissolvant les solidarités.(et tant pis pour les pauvres qui ne se lèvent pas assez tôt le matin !! et tant pis pour la politique de la ville et l’équité territoriale) Face à cela la gauche a pris la défensive sur un modèle républicain qu’on refuse de faire évoluer au nom du refus de principe de la discrimination positive. La droite modernisée a pris la main durablement sur cette question.

- Dans le même temps, la diversité est devenue un thème majeur du débat politique : diversité culturelle, gestion du fait religieux, polémiques mémorielles, histoire du colonialisme et de la guerre d’algérie… tout indique que notre société doit gérer le passage de la monoculture « catholaïque » de la France au pluralisme culturel et au renouveau du pluralisme religieux. Elle ne peut le faire qu’en revisitant son histoire où universalisme républicain a rimé avec racisme et colonialisme. Là aussi la droite pratique le grand mélange : ingérence et instrumentation du leadership musulman, rappel des valeurs chrétiennes, conservatisme culturel (« en finir avec Mai 68 ! « ), refus de la repentance coloniale et tentative d’imposer une histoire officielle (loi de février 2005), là encore on mixe discours moderne et conservatisme, éloge de la diversité et patriotisme nostalgique, casting gouvernemental et peur d’un « communautarisme » jamais clairement défini. Face à cet embrouillamini des repères, la Gauche oscille entre la défense du dogme de la laïcité et un éloge bon enfant du métissage. Le vieux radicalisme libre penseur + touche pas à mon pote, ça ne fait pas une pensée alternative à la droite moderne-populiste et libérale-conservatrice !!

Alors que la droite confond diversité et égalité (en parlant par exemple de chartes de la diversité alors que ces engagements de principe concernent l’équité de traîtement dans les recrutements, mais surtout en créant un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » qui officialise le lien dangereux entre culture et social et affirme une xénophobie d’Etat pour mieux récupérer le vote de la droite extrême) au risque d’ethniciser la question sociale, c’est au nom du refus de cette ethnicisation que la gauche campe sur son patrimoine alors que l’enjeu est d’articuler lutte pour l’égalité et reconnaissance de la diversité, de prendre acte que les acteurs et les mouvements sont à la fois sociaux et culturels sur des questions à la fois locales et mondiales.

DIVERSITE

La diversité est aujourd’hui une réalité mondiale. Nos villes sont multiculturelles. Une population composée de multiples origines constitue une ressource culturelle par l’ouverture qu’elle permet et donc l’élargissement des perspectives. Cette diversité est aussi une ressource économique pour le commerce international qui peut s’appuyer sur des compétences bilingues, des réseaux et des diasporas. La diversité culturelle est considérée comme une ressource porteuse d’innovation et de créativiité.

Le pluralisme constaté ne suffit pourtant pas à régler la question de l’altérité. Quel est notre rapport à l’étranger ? Quel est plus globalement notre rapport à l’ »autre » volontiers perçu comme différent voire inquiétant ? Le rapport à l’étranger est on le sait ambivalent. Il combine fascination exotique et peur de ce qui n’est pas le même. Et on peut faire l’hypothèse que la difficulté anthropologique de penser et gérer l’altérité, la nécessité pour les individus de se définir dans une opposition « Nous / Eux » vient recouvrir les spécificités de telle ou telle configuration nationale.

A ce titre, la France, pays d’immigration structurel, peine à l’évidence à penser sa diversité. Elle se pense, se définit et se figure encore trop comme un vieux pays européen, masculin, « catholaïque », certes traversé d’immigrations mais pensées comme conjoncturelles plutôt que comme un pays pluriethnique, plurireligieux, multiculturel de fait et ce pour des raisons structurelles et, à l’évidence, définitives.

La diversité constatée doit se combiner avec l’objectif de diversité car si la diversité est un fait de population, elle n’est pas encore une réalité dans le top management des entreprises et organisations comme dans la représentation politique. De ce point de vue, la diversité est une réalité de la France d’en bas mais un point aveugle de la France d’en haut, à gauche comme à droite.

Enfin, penser la diversité suppose aussi de réfléchir à quelles conditions le pluralisme peut être englobé dans une vision d’ensemble, dans des valeurs communes qui permettraient de définir ce qui nous ressemble et donc ce qui nous rassemble.

La question de la diversité a généralement été pensée au regard de présence sur notre territoire de communautés issues de l’immigration importantes. Mais n’est-il pas temps dans une société qui n’est plus définie par l’industrie et le commerce mais par l’information et la créativité, dans une société de l’individu, de considérer que l’enjeu de la diversité se situe au niveau de tout individu, qu’il soit issu de l’immigration ou non ?

Tout individu, inclus ou exclu, vit l’expérience de la tension entre trois pôles : appartenance à une ou des communautés, participation au marché et à la société, volonté d’émancipation (émancipation de toute communauté, tout dogme et toute norme sociale). C’est dans cette tension qu’un individu se construit comme sujet singulier, irréductible aux groupes et à la norme, autoconstruction du sujet qui correspond aujourd’hui à ce qu’il est convenu d’appeler une « vie réussie ».

Si cette expérience peut être heureuse dès lors que l’on appartient à des communautés non dominées, qu’on dispose des moyens (culturels et monétaires) de participer au marché et à la société, qu’on dispose des ressources et des marges de manœuvre permettant de jouer de son émancipation pour se construire comme sujet singulier, il n’en est pas de même dès lors qu’un individu est assigné à résidence dans des territoires relégués, renvoyé à des communautés d’origine méprisées et stigmatisées, exclu du marché et de la société et on voit bien que le droit à l’émancipation ne saurait être dans ce cadre une quelconque revendication à l’originalité petite bourgeoise mais un bien commun dont sont plutôt exclus justement les exclus.

En effet, ce qu’il est convenu d’appeler la discrimination traverse la question de la diversité. Le pluralisme n’est pas la pluralité d’origine ou d’appartenance qui serait entre elles à égalité. Il est traversé dans des rapports sociaux et se construit sous le régime de la domination.

En clair, la question de la diversité est aussi la question du traitement d’individus appartenant à des groupes dominés, cette domination prenant la forme d’une discrimination dont l’expérience se confond avec celle de la stigmatisation.

Or, on le sait, être discriminé et donc stigmatisé, c’est voir remise en cause radicalement son estime de soi, perdre confiance en soi et donc perdre des ressources qui permettront de construire une vie réussie.

La stigmatisation fait perdre au sujet les ressources qui lui permettraient justement d’assurer une combinaison heureuse entre participation, appartenance et émancipation. Aussi, le traitement politique des effets destructeurs pour les personnes de la stigmatisation doit être mis à l’ordre du jour d’autant que la réalité la plus courante vécue dans les quartiers est celle de la stigmatisation croisée. Cette stigmatisation croisée s’observe dès lors que deux individus, de statut social différent, en interaction, anticipent la conduite de l’autre en mobilisant les préjugés fondés sur des stéréotypes. Michel Wieviorka avait observé sur les lignes d’autobus de la Seine Denis Nord le rapport entre jeunes des collèges et conducteurs de bus. Pour les uns, « tous les jeunes sont des délinquants », pour les autres, « tous les conducteurs sont racistes ».

Dès lors, le mécanisme de la prophétie autoréalisatrice se met en place conduisant au conflit qui, s’il ne trouve pas de mots pour cheminer, se transforme en violence. Regardons ce qui se passe dans les quartiers entre agents de service public et usagers, enseignants et élèves, policiers et jeunes, travailleurs sociaux et public en accompagnement et vous verrez volontiers cette mécanique lourde de la stigmatisation croisée construire progressivement la guerre de tous contre tous.

Mais revenons à la question de la diversité. Comment gérer la diversité, comme disent les anglais « managing diversity » ? Je propose de construire des réponses qui mettraient en tension quatre éléments :

- la reconnaissance
- le droit à l’émancipation
- l’interaction
- et la défense de valeurs communes.

La reconnaissance, c’est dire que les droits culturels font partie de droits humains fondamentaux. Que ces droits culturels en tant que droits de l’homme sont individuels et universels. Qu’il convient donc de considérer qu’il s’agit de droits individuels et non de droits collectifs. Que les politiques de reconnaissance sont nécessaires pour justement produire l’estime de soi antidote de la stigmatisation. Faute de politique de reconnaissance, la stigmatisation réciproque détruit le lien social et le respect de l’institution dans les quartiers et ne laisse pour issue au sujet non reconnu que la voie de la stratégie victimaire aux conséquences particulièrement destructrices.

Mais si la reconnaissance de traits culturels est politiquement nécessaire, elle n’a de sens dans notre système de valeur que si elle est confinée au droit à l’émancipation. L’individu a le droit d’être reconnu pour ce qu’il est, mais ce qu’il est, il est en droit de le définir lui-même, ce qui veut dire qu’il peut afficher un droit d’appartenance aux groupes, à des racines, à une identité, une communauté comme un droit à l’émancipation de tout dogme et de toute communauté. Pour prendre un exemple, notre société doit, à la fois reconnaître le droit pour les populations arabes de se reconnaître dans la pratique religieuse musulmane et, en même temps, protéger ceux qui, dans cette communauté maghrébine, quittent la religion pour se définir comme non religieux. De même, elle doit protéger des identités sexuelles mal reconnues par certaines cultures et condamner fermement toutes pratiques, même justifiées culturellement, qui viendraient mettre en cause brutalement les droits humains fondamentaux des femmes.

L’interaction vise à favoriser, au-delà de la juxtaposition de différentes cultures, la rencontre, le dialogue, voire la confrontation entre références culturelles différentes. L’interaction suppose donc le respect et la tolérance et permet de construire une culture ouverte combinant l’affirmation de soi puisqu’un certain degré de fermeture est une condition de l’ouverture mais aussi une certaine capacité d’évolution culturelle d’une culture confrontée à des interactions culturelles et un environnement. Précisons d’ailleurs que l’interaction n’est pas le métissage mais cette reconnaissance réciproque qui ouvre le droit à l’émancipation par l’ouverture culturelle autorisant la sortie du groupe de référence. Elle constitue dans l’ordre de la culture une culture de la mobilité.

Enfin, les valeurs collectives doivent être aujourd’hui revisitées. Quand nous évoquons les valeurs communes, les valeurs collectives, nous employons de grands mots « république, laïcité, nation ». Ces mots ont-ils encore un sens ou, à tout le moins, le sens qu’ils ont pu avoir ? Nous savons bien que non. D’abord, parce que ce que nous définissions comme valeurs universelles s’est trouvé déconstruit, d’une part par ceux qui défendaient le relativisme culturel, d’autre part, par la compréhension que cet universel n’était souvent qu’un singulier impérialiste. C’est donc plutôt du côté de la recherche de la définition de la modernité que nous devons retrouver le socle de nos valeurs collectives. Qu’est ce que la modernité ? Selon Alain Touraine, ce sont d’une part les droits de l’homme, d’autre part, le droit à l’activité rationnelle autonome. Ne serait-ce pas là d’ailleurs une nouvelle définition de la laïcité qui ne serait pas définie uniquement par rapport au dogme religieux et qui pourrait être un message qui, au-delà de la France, pourrait intéresser l’Europe ?

Pour nous résumer, gérer la diversité c’est éviter quatre impasses :

- le ressentiment par défaut de reconnaissance
- le communautarisme par absence de droit à l’émancipation
- le multiculturalisme de juxtaposition par absence de l’interaction
- le relativisme culturel par négation de valeurs collectives.

Ces quatre exigences (reconnaissance, émancipation, interaction et valeurs collectives) sont en tension. Autant dire qu’il faut accepter que nous n’avons pas de solutions toutes faites à tous les problèmes que nous rencontrons et qu’il faudra gérer des conflits.

A PROPOS DU « DIALOGUE DES CULTURES »

En effet, le dialogue n’exclut pas le conflit et la contradiction et l’interculturalisme n’empêche pas les convictions fortes.

L’opposition entre « clash des civilisations » et « dialogue des cultures » est largement factice et fondée sur l’ignorance des véritables enjeux. La thèse du « clash des civilisation »s est, on le sait, connue grâce au livre de Samuel Huntington. Beaucoup critiquent la perspective de ce livre sans l’avoir toujours lu.

Selon le professeur Huntington, la chute du mur de Berlin annonce le passage d’un monde caractérisé par les clivages idéologiques à un monde marqué par les clivages culturels. Ce réveil culturel se fait à l’échelle civilisationnelle du fait de la mondialisation des échanges et non à l’échelle des nations. Pour Huntington, la planète est découpée en civilisations : chrétienne occcidentale, orthodoxe, latino américaine, africaine, islamique, hindoue, chinoise et japonaise.

Les conflits civilisationnels peuvent se manifester de plusieurs manières : entre deux civilisations à leur frontière, (c’est le cas de l’islam au contact d’autres civilisations), entre civilisations du fait de la domination de l’Occident, à l’intérieur d’une civilisation pour la prise de contrôle de cette aire culturelle.( C’est par exemple, la lutte entre islamistes et réformateurs dans le monde islamique) ou enfin à l’intérieur d’un pays dans le cas où ce pays est déchiré entre plusieurs civilisations (exemple : la Turquie, la Russie, l’Australie, le Mexique).

Cette thèse a fait l’objet de nombreuses critiques notamment de V.S. Naipaul et d’Edouard Saïd.

Les critiques adressées à Huntington consistent notamment à dénoncer l’idée de civilisations uniformes et clairement délimitées. Or, pour prendre le seul exemple de l’Islam, l’Islam est présent sur l’ensemble des continents et il est éminemment pluriel, traversé de profondes contradictions théologiques, économiques, anthropologiques. Il est difficile dès lors de concevoir l’Islam comme un bloc unique. Il en est de même de l’occident.
La seconde critique consiste à pointer que Samuel Huntington réduit la civilisation à un seul paramètre fondamental : la religion, ce qui fait l’économie des conditions économiques, sociales et politiques de développement de ces aires culturelles.

Enfin, est dénoncé l’essentialisme de la conception culturelle de Huntington. Or, une culture peut évoluer par des processus d’emprunt et d’appropriation d’éléments extérieurs. Par exemple, le cricket représentait en Inde les valeurs du colonisateur anglais mais, avec le temps, les indiens se sont appropriés ce jeu qui est devenu un enjeu du nationalisme comme le montrent les matchs de cricket entre Pakistan et Inde. C’est cet essentialisme qui sert d’argument aux néo-conservateurs américains qui ont engagé la croisade du » bien » contre l’ »empire du mal » représenté par le terrorisme islamique. On sait très bien à qui profite cette dérive idéologique.

Peut-on pour autant répondre à ces thèses malsaines par un appel sympathique et de bonne volonté au « dialogue des cultures » ? Bien souvent l’appel au dialogue des cultures correspond à ce que j’appellerai des « idées molles ».
Par exemple, le fait de dire que toutes les religions par définition seraient pacifiques et feraient appel à l’amour universel, ce que l’histoire permet de contester radicalement puisque les religions sont à l’origine de la plupart des crimes et des guerres. Ou de dire que, par définition, la différence serait enrichissante.

- Ces appels à la bonne volonté font l’économie d’un certain nombre de données. En effet, le dialogue des cultures n’est jamais qu’une volonté de concevoir, de manière pacifique, la confrontation entre les différences culturelles. Il s’agit donc de gérer la diversité. Or, cette gestion des diversités n’a rien d’évident. D’abord, parce que d’un point de vue anthropologique le rapport à l’étranger est toujours ambivalent, à la fois fasciné et hostile, l’ »autre » représente toujours pour soi un danger et un risque dont il faut se protéger.

- De ce point de vue, on peut dire que la fermeture culturelle, l’hostilité à l’étranger sont au fondement du fonctionnement humain et l’œuvre de la civilisation est de dépasser justement cette tendance lourde. Et l’histoire montre que ce sont les sociétés organisées autour de « crédo » solides qui ont pu justement intégrer des contributions nouvelles (la France républicaine, l’Amérique des pionniers, le Japon en voie de modernisation)

Or, aujourd’hui, notamment en Europe, nous ne sommes plus sûrs de nos valeurs partagées et, bien souvent, la « laïcité » et la « république » sont devenues des slogans qui ne servent qu’à marquer sa défiance contre un Autre jugé menaçant. Nous devons retrouver confiance dans une forme de résistance active à la mondialisation qui promeut un système social fier de son héritage et ouvert à la diversité.

En effet, nos sociétés sont de fait aujourd’hui multiculturelles mais nous devons affronter deux risques :

- un risque majeur : celui de la guerre culturelle, c'est-à-dire la fusion des enjeux économiques, géostratégiques et culturels ( la guerre du bien contre le mal, thématique qui unit symétriquement l’administration Bush et le projet djihadiste)
- un risque mineur : celui d’un multiculturalisme qui ne serait que la simple juxtaposition des cultures.

Nous devons au contraire construire un interculturalisme qui favorise l’interaction entre les cultures et la promotion de valeurs collectives. Cet interculturalisme passe par une éducation dès le plus jeune âge à la connaissance de sa culture et des autres cultures. Il suppose aussi une programmation culturelle et artistique exigeante qui met le meilleur à la disposition du public et évite de confondre ambition interculturelle et animation socioculturelle plus ou moins bricolée.

Enfin, pour éviter tout angélisme, il faut rappeler que le dialogue des cultures ne consiste pas à promouvoir une sorte de métissage généralisé où tout serait dans tout mais à délimiter clairement ce qui doit être conservé dans une culture et ce qui peut être transformé, ce qui est négociable, ce qui est non négociable. En effet, toute confrontation culturelle, si elle se fait sous la forme du dialogue, devra aboutir à une double transformation de chaque culture confrontée à l’autre. Le dialogue ne saurait aboutir à la capitulation de l’un. Il suppose que chacun fasse un bout du chemin. Cependant, chaque culture comporte un socle non négociable et un certain nombre d’expressions conjoncturelles négociables.

Par exemple, la modernité telle qu’elle s’est développée en Occident considère comme non négociables les droits humains fondamentaux qui concernent aussi les enfants et les femmes et le droit pour chaque sujet à une activité rationnelle autonome, ce qui suppose qu’aucun dogme, religieux ou laïque, ne saurait imposer sa loi ni dans les consciences, ni dans l’espace public. Ceci dans notre culture est non négociable. Il appartient donc à ceux qui se situent dans d’autres aires culturelles de définir si oui ou non ces valeurs non négociables sont acceptables par leur propre culture. C’est évidemment le pari que nous faisons.

Voilà en quoi la laïcité est le socle de notre identité européenne et une promesse apportée au monde. Encore faut-il abandonner la laïcité franchouillarde, antireligieuse et qui au nom de la lutte contre l’obscurantisme cache mal une hostilité ciblé à l’Islam, renforçant chez les musulmans la confusion entre laïcité et athéisme. Il vaut mieux être les pionniers d’une grande laïcité européenne qui concilie la liberté religieuse (qui ne saurait être cantonnée dans la sphère privée), la liberté de conscience et la séparation entre l’Eat et la religion dans des formes particulières selon les hsitoires nationales.

Le dialogue entre l’Europe et le monde arabe est un exemple particulièrement important du dialogue des cultures. Il est lourd d’histoire et comporte de grands enjeux pour le présent autour de l’idée euroméditerranéenne. Il ne s’agit pas de cacher les difficultés du présent par un rappel nostalgique d’une andalousie elle-même largement mythifiée mais d’appeler concrètement à de nouvelles andalousies, c’est-à-dire à un dialogue fécond entre orient et occident, nord et sud, un dialogue euroméditerranéen qui ait pour enjeu le respect mutuel, le partage des mêmes valeurs fondatrices de la modernité, la conciliation de l’ambition culturelle avec celle du développement et du renforcement de la démocratie.

C’est donc une méthode de gestion des conflits qu’il faut proposer et je suggère d’encourager la politique de la délibération, c’est-à-dire la confrontation démocratique organisée à partir d’argumentations rationnelles pouvant conduire à des « accommodements raisonnables » à la condition que l’on soit très au clair sur ce qui relève du négociable et du non-négociable. Car tout n’est pas négociable. Et l’exemple du débat sur le foulard peut nous éclairer. Pour aller vite, si on peut être d’accord in fine avec la décision de ne pas autoriser les signes religieux visibles à l’école comme volonté de protéger l’espace scolaire, de faire signe aux filles sous pression de la société patriarcale, de faire signe de fermeté à l’islamisme radical et permettant une remobilisation du camp laïque, on ne peut qu’être effrayé par la méthode de la commission Stasi.

D’abord parce que le sujet abordé n’était pas forcément le sujet le plus important que le pays ait à connaître. Pour le dire tout net, autant le droit à l’apostasie est non négociable, l’usage du foulard l’est. La preuve en est que la loi définit ses conditions d’interdiction dans d’étroites limites. Et nous ne sommes pas sûrs qu’un texte formulé par la république ou négocié avec nos partenaires musulmans, précise explicitement que ce droit à l’apostasie est rappelé et reconnu. Au-delà de cette première faille de confusion entre le négociable et le non négociable, il apparaît que la question du foulard a fonctionné comme question métonymique et métaphorique. Ce qu’Emmanuel Terray appelle « l’hystérie politique » a joué à plein par un mécanisme bien connu de pensée magique. Nous avons cru collectivement à l’hallucination, qu’en interdisant ce foulard que l’on ne saurait voir, on allait régler par miracle, et la question de l’école et celle de l’égalité hommes / femmes et celle du rapport de la république à l’islam. Autant dire qu’une pas trop mauvaise décision à l’issue d’un mauvais débat conduit à beaucoup de bruit pour rien car si la présence des foulards a reculé à l’école, aucun des problèmes fondamentaux qu’il était sensé résoudre n’a été résolu au contraire. Au contraire puisque cette discussion a créé un débat délétère encourageant à se radicaliser dans les deux camps, conduisant à la généralisation de la confusion sémantique, produisant dans le camp laïque et antiraciste de profondes divisions dont il aura du mal à se relever. Peut-être est-elle d’ailleurs finalement le but secrètement poursuivi de cette affaire déclenchée du haut d’une tribune du congrès de l’UOIF au Bourget.

EGALITE

Après avoir défini les règles de base du management de la diversité, voyons maintenant comment travailler à la promotion de l’égalité. Là aussi, la confusion sémantique fait rage. Quand nous parlons d’égalité, parlons-nous d’égalité des droits, des chances, des conditions ? Nous contentons-nous d’évoquer l’égalité abstraite ou mettons-nous cette égalité abstraite en perspective des droits réels qui permettent de l’exercer. Notre égalité revendiquée est-elle un égalitarisme ou tient-elle compte de la culture de l’individu qui reconnaît le droit au mérite et les voies singulières pour réussir sa vie.

Ces questions doivent faire l’objet de débats. De même que la question de la lutte contre les discriminations demande à être actualisée. La discrimination et particulièrement la discrimination ethnique mais aussi celle liée au genre, à l’orientation sexuelle, aux croyances, au handicap, à la maladie, à l’âge, est aujourd’hui un fait largement reconnue. On le doit d’abord à la transposition progressive du cadre de référence européen dans le système légistatif et réglementaire français. On le doit aussi aux longs combats d’acteurs publics, de militants associatifs et de chercheurs qui ont réussi, peu à peu, à imposer cette question. Souvenons-nous il y a dix ans, nous sommes passés progressivement du déni « (il n’y a pas de discrimination mais seulement des inégalités ») à la sous-estimation du phénomène.(« Ce n’est pas seulement un problème de discrimination mais aussi un problème de formation, certains se disent discriminés mais en fait, ils sont responsables de leur échec ») ou à des logiques de contournement, (« certes de la discrimination existe mais comme nous ne pouvons rien faire, n’en parlons pas »)

A contrario, la sortie des événements de l’automne 2005 dans les banlieues a conduit à une hyper reconnaissance de la question de la discrimination. Après le déni, la discrimination semble devenir l’explication unique et exclusive de toutes les difficultés vécues par les jeunes dans les quartiers. Certes, nous avons appris à reconnaître ce qui relève de la discrimination directe, c’est-à-dire de comportements individuels explicites généralement référés à un contenu idéologique raciste, de configurations plus subtiles (discrimination indirecte, systémique ou encore statistique). Nous savons que le problème est vaste, qu’il touche l’emploi, l’habitat et également les services publics y compris ceux qui dans leur définition même se vivent comme non discriminatoires telle l’école. Le problème est vaste et interpelle brutalement notre croyance en une république égalitaire et non discriminatoire ne connaissant que des individus et refusant de reconnaître des identités culturelles ou des origines ethniques. Le risque est que désormais la discrimination est donnée comme seule explication à la crise des banlieues..

Sur la discrimination positive, là encore que d’étranges débats !!. A part quelques militants et sociologues périphériques, le débat semble se jouer entre un camp républicain refusant au nom de ses principes la discrimination positive parce que « celle-ci resterait une discrimination » et introduirait le critère ethnique dans la définition des politiques publiques, ceci à droite, comme à gauche et un nouveau courant représenté par des acteurs comme Yazid Sabeg qui prône bruyamment la discrimination positive des « minorités visibles » dans les « chartes de la diversité » allant jusqu’à faire signe de la nomination d’un »préfet musulman », expression particulièrement étrange, y compris au-delà de son aspect provocateur.

Les politiques de discrimination positive on le sait ont été mises en place aux Etats Unis. Elles sont déployées dans de nombreux pays (Canada, Inde en passant par l’Australie et l’Angleterre). Prévues initialement comme des actions positives en amont permettant de rétablir l’égalité des chances, notamment par les bourses et le soutien scolaire, elles sont venues désigner ensuite les politiques de traitement préférentiel de groupes ethniques par compensation et réparation de traitements inégalitaires structurels.

Bien imprudemment, on a limité cette politique de traitement préférentiel à la politique de contrat dans le domaine de l’emploi et du recrutement universitaire, politiques aujourd’hui, on le sait, limitées dans leur impact, très tôt critiquées, le plus souvent abandonnées.

Et si nous revenons au cadre français, les choses semblent relativement simples. Il faut d’abord rappeler que rétablir l’égalité par des mesures inégalitaires temporaires justifiées et ciblées n’est nullement contraire à la Constitution et que d’ailleurs les politiques publiques depuis 20 ans sont marquées par des actions de discrimination positive. Pensons à la loi de parité, la loi sur le handicap, à la discrimination positive territoriale illustrée par les ZEP, ZUS et ZFU. Soyons clairs, la France n’interdit pas la discrimination positive sauf, pour des raisons de constitutionnalité, la discrimination positive sur base ethnique et religieuse. Donc, la question posée est de savoir si au-delà de cette impossibilité constitutionnelle, nous pouvons aller expérimentalement vers des actions positives ciblées sur des groupes ethniques ce qui supposera pour que l’action soit évaluée que l’on accepte logiquement le principe d’outils de comptage ethnico-social.

Cette question suscite un débat mais il faut cependant immédiatement, quelle que soit la réponse apportée, poser les risques gravissimes de la situation actuelle.Puisque la discrimination n’explique pas tout, il conviendra de construire des politiques publiques qui articulent traitement des inégalités sociales, des déséquilibres territoriaux et des discriminations. Ensuite, si les politiques de reconnaissance sont nécessaires et les politiques de l’égalité un enjeu évident, on ne peut traiter l’un par l’autre, c’est-à-dire confondre la question sociale et la question culturelle. Or, c’est pourtant exactement ce que l’on fait quand l’on pense calmer les banlieues en faisant appel aux représentants du culte musulman, quand on annonce la nomination d’un « préfet musulman ». De plus, la généralisation de l’explication discriminatoire efface la question sociale et renforce la posture victimaire : « si je n’ai pas d’emploi, c’est uniquement parce que je suis arabe et non parce que je suis en échec scolaire ou titulaire d’un CAP sans valeur ou habitant un quartier stigmatisé dans une zone d’emploi marquée par un chômage structurel et un déficit de postes de travail offerts ». Or, et c’est là que tout change, nous passons aujourd’hui du déni de la discrimination qui produisait le risque de la radicalisation et du ressentiment, à une période d’hypertrophie d’explications discriminatoires qui conduit mécaniquement à l’inflation des revendications victimaires.

Dans le même temps, on voit le front des revendications mémorielles agitées de polémiques sans fin.

Disons le tout net. Nous sommes dans une période où tout est fait pour que s’organise le marché des victimes. Mais si les postures victimaires sont mises en concurrence, ce marché mémoriel conduit mécaniquement à la réactivation de l’antisémitisme puisqu’il s’agit ici in fine de prendre dans la reconnaissance du tort historique subi la place de choix ce qui conduit donc forcément à disqualifier l’évènement inaugural de la Shoah ce qui se voit clairement dans les comportements extrémistes de ceux qui essaient de constituer la question noire en question raciste et antisémite.

Cette mise en concurrence des victimes conduit à une situation improbable d’autant plus que, parallèlement, le marché des ressources est bouleversé.

Si les associations vivaient un régime particulièrement précaire, marquées par l’instrumentation, le changement constant de procédures, l’incapacité à construire des plans à long terme, elles vivent aujourd’hui une transformation profonde par rapport aux politiques publiques et aux collectivités (service économique d’intérêt général, appel d’offres, marché, rétraction des ressources). Tout conduit là aussi à la concurrence des acteurs, à la destruction du réseau associatif.

Concurrence des acteurs, concurrence des victimes, écarts flagrants entre les annonces et les réalisations, tout cela renforce la frustration et la frustration conduit au ressentiment ou au repli ou à la violence ou à la radicalisation qu’elle prenne la forme d’émeutes ou du radicalisme religieux. En quelque sorte, la vieille formule d’Albert Hirschmann « Loyalty voice ou exit » est plus que jamais vraie. Difficile d’être loyal par rapport à des institutions auxquelles on n’a pas confiance, de moins en moins d’espace pour s’exprimer car le monde associatif est laminé, étranglé économiquement, travaillé par la concurrence et les partis politiques peinent à répercuter et à donner une issue politique globale à ces questions identitaires. Reste « exit » : sortir du système.Encore une fois : repli, violence, radicalisation.

Résumons quels sont nos débats.

Faut-il oui ou non se mettre d’accord sur ce qui constitue aujourd’hui le socle de valeurs collectives non négociables ou faut-il accepter l’hypothèse centrale d’un relativisme culturel ?

Faut-il se contenter d’un multiculturalisme de juxtaposition ou faut-il perpétuer l’utopie du vivre ensemble plutôt que se contenter d’un objectif déjà louable de vivre en paix ?

Faut-il promouvoir la lutte contre les discriminations raciales ou promouvoir un principe général de non-discrimination ?

Faut-il mettre en place des discriminations positives en faveur de groupes sur des bases ethniques ou mener des actions positives en direction de groupes sociaux, d’individus ou de territoires afin de rétablir dans des actions en amont l’égalité des chances ?

Ces débats ne sont pas tranchés parce que justement ils ne sont pas politiquement menés. Mais peut-être avant de les trancher pourrions-nous déjà définir un socle minimal d’accord.

Je proposerai que ce socle soit bâti sur 4 points :

- Nous admettons tous que l’écart entre égalité réelle et formelle est insupportable
- Nous acceptons que les particularismes culturels soient reconnus mais dans les limites d’un universalisme protecteur et, plus particulièrement, nous refusons de revenir en arrière sur les droits conquis par les femmes et sur la liberté de conscience
- Nous permettons des procédures particulières quelles qu’elles soient dès lors seulement qu’elles permettent aux groupes ciblés par ces politiques spécifiques de retrouver le droit commun et de participer à l’ensemble.
- Nous devons unir les milieux populaires et plus largement la population autour d’aspirations partagées : le refus de la violence, le refus des agissements qui détruisent la capacité à vivre ensemble le respect mutuel et celui du bien commun, le refus de l’assistanat, la volonté de préserver l’école comme lieu de l’apprentissage et donc le refus des compoortements qui rendent l’enseignement impossible ou improductifs, l’exigence de services publics …au service de tout les publics.

Si nous sommes d’accord sur ces quatre points, nous sommes en situation par la délibération de répondre aux autres questions et de dépasser les dilemmes.
Sinon, la tentation sera grande de désigner les « minorités visibles » comme les responsables de la dégradation des quartiers, de l’école et des comptes sociaux. Il y aura alors un boulevard pour le séparatisme culturel, les regroupements communautaires, et le ressentiment anti-européen en réaction à la xénophobie ambiante.

POLITIQUES PUBLIQUES

Voilà ce qui peut conforter des politiques publiques, politiques nationales mais encore plus politiques locales, car en effet, face à la « dictature » du modèle français d’intégration des années 90 qui prônait l’assimilation culturelle moyennant la tolérance pour des particularismes résiduels, qui mettait en avant la promotion sociale par l’école et l’intégration économique, la citoyenneté par la nationalité mêlée à la méfiance face aux logiques communautaires, ce modèle français des années 90 qui déjà faisait le deuil de l’assimilationnisme post colonial comme de l’utopie différentialiste sous la pression notamment de la montée du vote communautariste blanc du front national, Ce défunt « modèle francais d’intégration » a été remplacé par une configuration obscure. Les acteurs publics français ont le choix entre plusieurs modèles et souvent mettent en œuvre des actions qui relèvent de l’un et l’autre de ces modèles. D’un côté vous avez le modèle assimiliationniste atténué dans le modèle d’intégration, de l’autre, vous avez le modèle communautariste que tout le monde rejette et c’est donc plutôt aujourd’hui dans un mix d’interculturalisme à la française et de politiques sociales et territoriales actives que se trouve probablement la tendance profonde de la société française.

Face à ces modèles, les acteurs locaux (Régions et Départements mais encore plus les Villes et agglomérations) certes sont attentifs aux principes, aux valeurs, aux orientations, aux modèles d’action qui leur permettent de construire une représentation de la réalité qu’ils affrontent mais ils sont d’abord enclins à aborder avec pragmatisme les problèmes à résoudre et c’est dans cette pragmatique face aux difficultés que se construisent certainement les nouvelles pratiques qui pourraient être un fondement plus sûr de constructions nouvelles politiques publiques que la enième nouvelle politique contractuelle se déclinant en circulaires et décrets.

Nous pourrons reconstruire des politiques publiques efficaces si nous rassemblons les bonnes pratiques locales, si noiius acceptons d’apprendre des autres pays, si nous allons au bout par le débat de nos nécessaires clarifications idéologiques. La nouvelle pensée de l’égalité et dela diversité sera au cœur du nouveau logiciel de la gauche. Encore faudra-t-il en même temps changer le parti socialiste.

RECONCILIER LE PARTI ET LA SOCIETE.

A chaque échéance électorale, l’injonction de diversité est un des gimnicks favoris de la mobilisation politique. « Cette fois-ci, c’est la bonne, le Parti va s’ouvrir à la diversité » !! Et voilà des « candidats de la diversité » déclarés, en lice, plus rarement désignés, et parfois parachutés.
La campagne des législatives a montré combien entre la « volonté » annoncée et les résultats, l’écart est béant. Combien de candidats blackboulés pour diverses raisons ( « ce qui compte, c’est la compétence », « l’électorat n’est pas encore prêt ») ou mis par le parti en situation d’échec (choisis au nom de la diversité sans avoir été formés, ou parachutés dans des conditions négatives, parfois même contre un candidat local de la diversité, qui provoquent rejet par le local puis échec électoral (« on vous l’avait bien dit « ).

Lors des municipales, certains éxécutifs ont fait le choix délibéré de la diversité, souvent avec succès. C’est le cas par exemple de Roubaix, Tourcoing et Lille. Localement, les choix sont plus pragmatiques et se portent sur des militants connus et reconnus, ce qui limite d’autant le poids des préjugés.
Mais sur le plan national, le droite a mené une habile politique de communication pour apparaître comme plus moderne en intégrant dans le gouvernement des icones de la diversité.

Le temps des élus alibis et autres « arabes de service », le traitement symbolique et médiatique autour de quelques figures a ses limites; une génération de leaders apparaît qui démasque les pièges du clientélisme pour réclamer non leur « dû » dans la lutte des places mais la mise en adéquation du parti.

Pourquoi le Parti qui s’est engagé dans la parité tarde tant à mettre ses pratiques en adéquation avec ses discours ?
Certes, on doit évoquer les freins culturels à la diversité, le conservatisme des militants qui témoigne de la prégnance d’un racisme latent contre les acteurs issus de l’immigration extra européenne, plus nettement venue des anciennes colonies, et stigmatisés par leur couleur (eh oui !!!) ou une supposée identité culturelle.
Ce racisme latent prend ici des formes particulières. Il exprime le bloquage mental d’un « modèle républicain » qui refuse de considérer les singularités de « race » ou de sexe au nom d’un universalisme abstrait , comme la permanence d’un racisme de classe venu des milieux populaires brisés par la désindustrialisation et la mondialisation.

Mais l’explication ne suffit pas, quand on compare les résultats obtenus en matière de parité et sur le front de la diversité.

Nous proposons une autre explication : c’est parce que le Parti s’est laissé imposer la rhétorique libérale de la diversité qu’il échoue à être à la hauteur de ses prétentions.

En effet la droite a imposé dans le débat une approche de la diversité qui mixe une perspective volontariste d’intégration et ds références anglosaxonnes à « l’égalité des chances », à la diversité culturelle et à la discrilination positive. Cette perspective conduit à confondre les questions d’égalité et celles de diversité ( par exemple les « chartes de la diversité » portent sur l’égalité de traitement dans les politiques de recrutement mais mettent l’accent sur les « minorités visibles » comme si ces « minorités » étaient les seules en cause, comme si l’obstacle à l’égalité résidait dans la « culture »), à se centrer sur l’émergence d’élites symboliques dans le cadre d’une système de mise en concurrence des personnes, à instaurer via des politiques mémorielles la mise en concurrence des victimes plutôt de reconstruire du sens commun.

Autant dire que si la reconnaissance de la diversité culturelle reste un enjeu pour la gauche, cette conception de la diversité n’est pas la nôtre.

De quoi parle-t-on quand on parle de « candidats issus de la diversité » ? Il s’agit bien de représentants des enfants de l’immigration extra-européenne, venus des ex-colonies et définis par leur couleur ou leur supposée culture.

Or le Parti ne travaille pas sur les conditions d’émergence de ces élites et ne replace pas cet enjeu dans une perspective plus large.

Selon nous, l’expérience acquise conduit à déterminer 4 conditions à l’émergence satisfaisante de cadres politiques issus de la « diversité »

- Mener un travail en profondeur de type éducatif et idéologique pour transformer les mentalités des adhérents et actualiser leurs conceptions de la diversité et de l’égalité.
- Intégrer les questions de lutte contre les discriminations et de diversité dans le référentiel du parti.
- Assurer la formation des militants afin de combiner leur capital symbolique de représentation, de mise en scène de la diversité et leur compétence.
- Permettre par la réduction du cumul des mandats une forte capacité de renouvellement du personnel politique. En effet, pour accueillir des représentants de la diversité, il faut libérer de la place. Ceci suppose que d’autres libèrent la place. Or cette attente restera un vœu pieux tant qu’un statut de l’élu assurant une juste rémunértion et une véritable sécurité professionnelle ne dissuadera pas les « insiders » de s’accrocher plutôt de que donner leur chance aux outsiders.

Mais la question de la diversité se fond dans une problématique plus large. Les obstacles à la présence dans l’élite de militants africains ou maghrébins a certes une éventuelle connotation raciale mais rejoint souvent la stigmatisation des milieux populaires dont ils sont souvent issus. Voulons-nous un parti d’élus ou un parti de militants ? Dans le premier cas, on risque fort de privilégier le conservatisme au nom de la compétence et le « maintien des avantages acquis ». Voulons-nous un parti d’insiders ou rouvrir le parti sur les milieux populaires, dont les « minorités visibles » sont une composante centrale ? Dans ce cas, il faut apprendre à respecter différentes formes de compétences et d’expression et relancer fortement les processus d’éducation populaire, au risque sinon de reproduire à l’intérieur les hiérarchies sociales que nous contestons à l’extérieur.

En définitive, si la parité imposée a permis de changer les mentalités, la diversité sans cesse reportée met en lumière les enjeux de transformation culturelle de l’organisation selon l’orientation choisie.

Soit la diversité est enfin prise en compte et la transformation du parti sera accélérée, ce qui suppose de faire le choix d’un parti populaire de masse, soit le parti s’isole de la société, se sépare du pays réel et devient une organisation professionnelle spécialisée dans le renouvellement de mandats.
Mais si nous ratons encore ce défi d’une représentation démocratique qui soit le reflet de la diversité sociale, il y a fort à craindre que les formes d’expression de ces populations sans débouché politique prendront des formes de plus en plus radicales : racialisation, violence infrapolitique, séparatisme culturel.

La capacité de la gauche à apporter des réponses est un enjeu d’intérêt général.

Pour Michel David et les militants et citoyens de Grand Nord Avenir : b.huttner-cox@orange.fr

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