Contribution Collective Grand Nord Avenir (Nord, Pas-de-Calais, Somme, Bruxelles)

Annexe 2 à la synthèse générale des contributions thématiques Grand Nord Avenir (Nord, Pas-de-Calais, Somme, Bruxelles)
Question n° 8 :
Comment concilier le progrès économique des pays développés et la nécessaire émergence des pays du Sud ? Quelles nouvelles règles ? Auteur : Bernard DELEBECQUE

Conciliation du Développement du Nord et du Sud

1° Le tiers-Monde n’est plus . Si cette expression a connu un tel succès depuis son apparition dans les années 50, c’est qu’elle se justifiait alors par le fractionnement du monde entre des pays « démocratiques» et « capitalistes », un univers »socialiste », et le reste du monde en partie encore sous le joug colonial . Elle ne correspond plus du tout à l’extrême diversité des situations économiques et politiques qui résulte de l’effondrement de l’Union soviétique et de la libération de son empire, de la décolonisation, et de l’essor économique vigoureux des quatre dragons , puis des pays »émergents ».

2° Cet essor du »Sud », encore très incomplet géographiquement et économiquement , est en lui-même une heureuse évolution , même s’il faut déplorer que cet essor n’est pas général, tant s’en faut , et s’il s’opère à un coût social et environnemental élevé fréquemment là où il se produit.

3° Le Nord développé, et particulièrement l’Europe dont ce peut être le rôle dans la mondialisation, ne doit pas regretter cette évolution qui écarte la famine de nombreux territoires , et élève le niveau de vie de millions de Chinois, de Brésiliens, et d’Indiens. Elle ne doit pas s’y opposer, ou la freiner , mais au contraire l’accompagner et la favoriser en évitant que l’exploitation de ces ressources naturelles et de cette main d’œuvre ne s’effectue au détriment du pays (pollué parfois ..) et de sa population .

Les méfaits aux Caraïbes d’ United Fruit par exemple sont connus . Même si nous imposons pour l’accès aux marchés européens le respect des normes du B.I.T. ou des prescriptions environnementales, l’essor du Sud contraindra encore les pays développés à s’adapter pendant longtemps. Il faut donc prévoir les évolutions nécessaires , et assurer les adaptations indispensables de notre structure productive et de notre population active . On ne peut se contenter de prôner le recours à la recherche et à l’innovation : ses résultats sont incertains , à moyen ou à long terme, et l’innovation elle-même est ouverte à de nombreux concurrents.

4° Loin des dogmes qui ont orienté l’action des organismes internationaux (ou nationaux) ces trente dernières années, le premier objectif que doivent atteindre les pays du Sud est l’indépendance alimentaire . Il en résulte que l’U.E. est malvenue d’imposer à ces économies fragiles la brutalité d’accords bilatéraux inspirés par le dogmatisme libéral , qui voit dans l’ouverture des frontières et l’exposition à la concurrence le stimulant incontournable du développement.

5° Notre première obligation est l’interdiction d’exporter vers le Sud nos déchets industriels toxiques , surtout s’ils ne sont pas recyclables . Nous ne pouvons pas ne pas nous estimer coupables des dégâts environnementaux qui y sont causés de ce fait , vu les faiblesses techniques, administratives, ou encore politiques de ces pays.

6° Nous devons nous interdire d’exporter vers le Sud nos rebuts, nos produits de second choix, voire de seconde main dont nous ne voulons pas, qui trouvent des débouchés sur les marchés, notamment africains, dont ils excluent les producteurs locaux de produits agricoles. Cf.la campagne récente du C.C.F.D. ,ou la défunte industrie textile du Zimbabwe ou de la Tanzanie.

7° Le développement de la coopération décentralisée qui permet d’entrer en relation directe avec les populations locales et leurs responsables doit être renforcé et généralisé : elle doit impliquer plus de communes, de départements et de régions, et favoriser le développement économique au-delà de l’action caritative et des compétences des collectivités locales, en y associant écoles supérieures, facultés, entreprises. Elle gagnerait à être coordonnée davantage en France comme dans les pays du Sud.

8° La Francophonie constitue dans ce domaine un avantage colossal . En associant Belges, Canadiens et Suisses elle permettrait de développer un aspect réel du dépassement des frontières, de montrer une « fraternité « réelle, transfrontalière. Elle permettra de lutter contre le désenchantement des élites et de la jeunesse africaine vis-à-vis de la France.

9° Pour réaliser la sauvegarde des milieux forestiers équatoriaux et tropicaux en permettant néanmoins un développement durable des pays africains, asiatiques ou américains , il faut :

- limiter l’accès au marché européen aux seuls produits « certifiés » par des organismes sérieux ;
- associer les fédérations des industries françaises et européennes du meuble et des matériaux de construction à l’exploitation « écologique » de ces ressources en les impliquant dans des sociétés (ou organismes ad hoc ) qui n’excluent pas les capitaux ni la main d’ouvre locale dans cette exploitation.

10° Le codéveloppement doit être favorisé , mais il ne doit pas être conçu comme un moyen de contenir l’immigration. Plusieurs secteurs souffrent en France de difficultés à trouver du personnel ; ils sont connus :construction, restauration, hotellerie, services personnels…Nous pourrions réduire cette tension sur le marché du travail, et donc favoriser la croissance-en accueillant temporairement dans un cadre organisé à cet effet des volontaires pour des séjours limités de 6 à 9 mois (renouvelables) qui ont déjà reçu une préformation dans leur pays et recevraient un complément de formation au cours de leur séjour chez nous , qu’ils pourraient mettre en œuvre de retour chez eux dans le cadre d’accords entre entreprises françaises et entreprises locales , existantes ou à créer .

11° Il conviendrait de remettre en cause l’obligation qui serait faite aux anciens travailleurs immigrés, maintenant retraités de séjourner en France une partie de l’année pour percevoir la totalité de leur retraite . Dans le même temps des retraités français s’expatrient pendant plusieurs semaines voire quelques mois pour vivre »moins cher » au Maroc ou en Tunisie ,…

Pour Bernard Delebecque et Grand Nord Avenir : b.huttner-cox@orange.fr

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